L’annonce par la justice libyenne, ce 5 mars 2026, de l’identification de trois suspects dans l’assassinat de Seif al-Islam Kadhafi marque un tournant brutal dans une transition libyenne déjà moribonde. Un mois après l’exécution du fils de l’ancien « Guide » à Zenten, le 3 février dernier, les détails révélés par le parquet de Tripoli dessinent les contours d’une opération chirurgicale. Le corps criblé de balles et la précision du commando de quatre hommes suggèrent une exécution préméditée, visant à éliminer définitivement celui qui incarnait, pour beaucoup, une alternative nostalgique au chaos milicien actuel.
L’identification des lieux de rencontre des suspects et du minutage du crime par les enquêteurs libyens soulève une question brûlante : celle des complicités internes. Zenten, jadis geôle puis sanctuaire de Seif al-Islam, semble avoir cessé d’être un refuge sûr. Le fait que le commando ait pu opérer dans cette zone montagneuse ultra-sécurisée par les brigades locales laisse entrevoir une trahison au plus haut niveau des structures sécuritaires de la ville. En gardant le silence sur l’identité et la nationalité des suspects, Tripoli tente d’étouffer, pour un temps, les accusations d’ingérence étrangère ou de règlement de comptes inter-milices.
L’assassinat de Seif al-Islam intervient alors qu’il affichait ouvertement ses ambitions pour la magistrature suprême. Sa disparition physique met fin brutalement au projet de « restauration verte », qui séduisait une partie des tribus du Sud et de l’Ouest, lassées par quinze années de divisions. Pour ses partisans, cette mort n’est pas un acte de justice, mais un assassinat politique destiné à purger le processus électoral de tout candidat capable de mobiliser les masses au-delà des clivages entre l’Est et l’Ouest. Elle crée un vide politique immense qu’aucune des figures actuelles ne semble en mesure de combler.
Sur le plan juridique, la mort de Seif al-Islam éteint de fait les poursuites de la Cour pénale internationale (CPI), qui le réclamait pour crimes contre l’humanité. Si le parquet de Tripoli multiplie les gages de transparence en dépêchant des médecins légistes à Zenten, cette diligence cache mal le malaise des autorités centrales. Condamné à mort en 2015 puis amnistié, Seif al-Islam était un paradoxe vivant : un paria international devenu un pivot incontournable du dialogue national. Sa fin violente souligne l’incapacité de l’État libyen à garantir la sécurité des acteurs clés, même sous protection tribale.
Ce crime aggrave la fragmentation d’un pays qui peine, depuis 2011, à unifier ses institutions. La lutte pour le contrôle de la Banque centrale et des ressources pétrolières risque de s’intensifier, chaque faction cherchant à récupérer les allégeances tribales laissées orphelines par le clan Kadhafi. L’assassinat de Zenten pourrait agir comme un catalyseur pour les groupes radicaux ou les nostalgiques de l’ancien régime, désormais tentés par la lutte armée ou le sabotage des infrastructures pétrolières pour venger leur chef déchu.
L’implication d’un quatrième homme, soulignée par la défense, alimente les théories d’un soutien logistique étranger de haut vol. Dans une Libye devenue le terrain de jeu des puissances régionales et des mercenaires, l’élimination de Seif al-Islam sert les intérêts de ceux qui craignaient son retour au pouvoir et son potentiel de réalignement diplomatique. Que les suspects soient des mercenaires ou des éléments de milices locales, l’acte en lui-même constitue un message clair : en 2026, la légitimité électorale reste subordonnée à la puissance de feu.
En définitive, l’enquête de Tripoli sur le “commando de Zenten” est une course contre la montre pour éviter une nouvelle explosion généralisée. Si la justice ne parvient pas à nommer les commanditaires et à démontrer son indépendance, cet assassinat restera dans l’histoire libyenne comme le clou final dans le cercueil des espoirs d’une élection unifiée à court terme. La Libye de mars 2026 s’enfonce un peu plus dans une zone grise où le droit s’efface devant le plomb, laissant le champ libre à une instabilité chronique que Seif al-Islam, malgré ses zones d’ombre, prétendait vouloir clore.





























