New York — Pour son dernier discours d’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies, António Guterres a placé la réforme du Conseil de sécurité au centre de son intervention, mardi 22 septembre. Le secrétaire général de l’ONU a notamment insisté sur une anomalie qu’il juge désormais difficilement défendable : l’Afrique ne dispose toujours d’aucun siège permanent au sein de l’organe chargé de la paix et de la sécurité internationales.
Pour la République démocratique du Congo, cette question revêt une dimension particulière. Depuis des décennies, le pays est régulièrement inscrit à l’agenda du Conseil de sécurité en raison des conflits dans l’Est, de la protection des civils et du rôle des opérations de maintien de la paix. La RDC accueille notamment la MONUSCO depuis 2010.
Une institution héritée de 1945
Devant les dirigeants du monde, Guterres a rappelé que le Conseil de sécurité demeure largement structuré autour de la configuration internationale issue de la Seconde Guerre mondiale.
« Le monde a fondamentalement changé depuis [la fin de la Seconde Guerre mondiale], mais ce changement est loin d’être reflété au Conseil de sécurité », a-t-il déclaré, soulignant que la plupart des pays africains étaient encore sous domination coloniale lors de la création de l’ONU.
Aujourd’hui, l’Afrique compte parmi les groupes régionaux les plus importants de l’Organisation, mais reste absente de la composition permanente du Conseil.
Pour le secrétaire général, cette situation est « injuste et indéfendable ».
Son appel rejoint une revendication portée depuis longtemps par l’Union africaine, notamment à travers le Consensus d’Ezulwini, qui demande des sièges permanents et non permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité.
Le débat porte désormais sur les modalités d’une éventuelle réforme : nombre de sièges, choix des représentants africains et question du droit de veto.
Un enjeu directement lié à la RDC
La question dépasse cependant les équilibres institutionnels de l’ONU.
Pour Kinshasa, le Conseil de sécurité est une enceinte où se discutent régulièrement les crises affectant directement la sécurité nationale et régionale : groupes armés, protection des civils, sanctions, opérations de paix et situation dans les Grands Lacs.
La RDC a elle-même défendu, au sein de l’ONU, une adaptation des opérations de paix aux réalités du terrain et des mandats accompagnés de moyens suffisants.
Une représentation africaine permanente pourrait donc modifier la place du continent dans les discussions relatives à ces crises, sans préjuger de la position qu’adopteraient les futurs représentants africains.
Guterres a également appelé à une réforme de l’architecture financière internationale, notamment face aux enjeux de dette et de financement du développement.
Pour les pays africains, ces deux dossiers — gouvernance sécuritaire et gouvernance financière — renvoient à une même interrogation : quelle place les institutions internationales accordent-elles aujourd’hui à un continent dont le poids politique, démographique et stratégique a profondément changé depuis 1945 ?
À quelques mois de la fin du mandat de Guterres, son message place une nouvelle fois la réforme du système multilatéral au centre du débat.
Pour la RDC, régulièrement concernée par les décisions du Conseil de sécurité, l’enjeu est concret : être davantage représentée dans les institutions qui participent à définir les réponses internationales aux crises africaines.





























