New York — Il y a un an, le doute dominait sur l’avenir des Nations unies. Les difficultés financières, les tensions autour du multilatéralisme et les interrogations sur l’engagement américain alimentaient les scénarios d’un affaiblissement durable de l’organisation. L’apparition du Board of Peace, lancé sous l’impulsion de Donald Trump, avait même nourri les interrogations sur l’émergence de mécanismes susceptibles de concurrencer ou de contourner certaines fonctions traditionnelles de l’ONU.
Un an plus tard, le tableau est plus nuancé. La semaine de haut niveau de l’Assemblée générale montre une organisation toujours confrontée à de profondes divisions, mais qui demeure un lieu central de confrontation diplomatique et de négociation.
L’IA entre désormais dans le champ de la sécurité internationale
L’un des symboles les plus visibles de cette évolution est l’entrée de l’intelligence artificielle dans les discussions du Conseil de sécurité.
Le 23 septembre, les dirigeants de plusieurs grandes entreprises de l’IA ont été entendus par les quinze membres du Conseil lors d’une réunion consacrée aux risques de cette technologie pour la paix et la sécurité internationales. Sam Altman, Dario Amodei et Clément Delangue ont notamment appelé à une coopération internationale accrue.
La réunion a également révélé des divergences entre Washington et Pékin. L’administration américaine a défendu une approche privilégiant le partage de bonnes pratiques et le développement des capacités nationales, tandis que la Chine a plaidé pour le renforcement des cadres réglementaires et de la coopération transfrontalière.
Cette confrontation illustre l’une des nouvelles fonctions du système onusien : faire entrer dans les mécanismes de sécurité collective des technologies dont les effets dépassent désormais largement le secteur numérique.
Le secrétaire général António Guterres avait lui-même placé l’IA parmi les quatre grands « tests de pouvoir » auxquels le monde est confronté, aux côtés de la guerre et de la paix, des inégalités et du changement climatique. Il a également renouvelé son appel à une réforme du Conseil de sécurité et à une représentation permanente de l’Afrique.
Trump et l’ONU : confrontation, mais aussi diplomatie
La présence de Donald Trump à New York ajoute une autre dimension à cette séquence. Ses positions sur la souveraineté américaine, la gouvernance mondiale et la régulation de l’intelligence artificielle continuent de créer des tensions avec une partie de l’approche défendue par le secrétariat de l’ONU.
Mais sa présence à l’Assemblée générale rappelle également une réalité institutionnelle : même lorsque Washington conteste certaines orientations du multilatéralisme, l’ONU demeure une plateforme incontournable pour les rencontres bilatérales, les négociations et la projection diplomatique.
L’ambiance observée cette semaine ne correspond donc ni à une renaissance complète de l’ONU ni à son effacement. Elle révèle plutôt une organisation soumise à une pression croissante, mais qui continue d’attirer les grandes puissances autour des dossiers qu’aucun État ne peut traiter seul.
Pour les pays du Sud, cette évolution revêt une importance particulière. Le débat sur la réforme du Conseil de sécurité, la représentation africaine, le financement du développement et la gouvernance mondiale de l’IA montre que la bataille ne porte plus uniquement sur la survie du système multilatéral, mais aussi sur la place que chaque région et chaque État pourra y occuper dans le nouvel ordre international.
À New York, l’ONU n’a donc pas dissipé toutes les interrogations qui pesaient sur son avenir. Mais cette semaine aura démontré une chose : malgré les crises, les rivalités et les projets institutionnels concurrents, les Nations unies restent l’une des principales scènes où les puissances doivent encore se parler.





























