La crise des déplacements forcés au Sahel central atteint un niveau particulièrement préoccupant. Près de quatre millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer au Burkina Faso, au Mali et au Niger, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Parmi elles figurent plus de 818 000 réfugiés et demandeurs d’asile. Face à cette aggravation, l’agence onusienne appelle à renforcer les investissements humanitaires et à rechercher des solutions durables.
Dans son point de presse du 9 octobre, le HCR a souligné que le nombre de personnes déracinées dans ces trois pays avait approximativement doublé depuis octobre 2020. À cette époque, l’agence recensait plus de 1,7 million de déplacés internes et quelque 365 000 réfugiés dans la région. Les chiffres actuels témoignent ainsi de l’ampleur d’une crise qui perdure malgré les évolutions politiques et sécuritaires intervenues au cours des dernières années.
Des violences persistantes et des populations fragilisées
L’insécurité demeure le principal moteur des déplacements forcés. Les attaques qui touchent les populations civiles contraignent des familles entières à abandonner leurs habitations, leurs terres agricoles et leurs activités économiques. Pour beaucoup, la fuite constitue la seule possibilité d’échapper aux violences, sans garantir pour autant l’accès à un environnement sûr et à des conditions de vie décentes.
À cette menace s’ajoutent les conséquences du changement climatique. Les chocs climatiques fragilisent des communautés déjà confrontées à l’insécurité alimentaire, à la raréfaction des ressources et à la faiblesse des services essentiels. La perte des moyens de subsistance rend le retour particulièrement difficile pour les personnes déplacées, tandis que les communautés d’accueil doivent partager des ressources souvent limitées.
Au Mali, notamment dans la région de Bandiagara, la localité de Koro accueille des dizaines de milliers de réfugiés burkinabè. Selon le HCR, environ 86 000 réfugiés originaires du Burkina Faso s’y trouvaient en juillet 2026. Leur présence exerce une pression supplémentaire sur les terres, l’accès à l’eau, les structures sanitaires et les possibilités d’emploi.
Cette situation illustre les difficultés auxquelles sont confrontés les territoires d’accueil : répondre aux besoins des nouveaux arrivants tout en préservant l’accès des populations locales aux services de base.
Une crise qui s’étend aux pays côtiers
Les conséquences de la crise ne se limitent plus au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le HCR observe une extension des déplacements vers les pays voisins, notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo.
En 2026, près de 500 000 réfugiés et demandeurs d’asile burkinabè avaient trouvé refuge dans des pays voisins, contre un peu plus de 300 000 à la fin de 2025. L’agence fait également état de plus de 334 000 Maliens réfugiés à l’étranger et de plus de 106 000 Nigériens enregistrés comme réfugiés ou demandeurs d’asile dans des pays voisins.
Ces mouvements mettent à l’épreuve les capacités d’accueil des États de la région. Ils soulignent également le risque de voir les déplacements se prolonger lorsque les conditions de sécurité et les perspectives économiques restent insuffisantes dans les zones d’origine. Certaines personnes poursuivent alors leur parcours vers l’Afrique du Nord et l’Europe, au prix de trajets souvent dangereux.
La réponse humanitaire se heurte toutefois à une contrainte majeure : le manque de financements. Au mois de septembre 2026, le plan d’intervention du HCR au Sahel n’était financé qu’à hauteur de 27 %, pour un besoin annoncé de 329,6 millions de dollars. Cette insuffisance compromet la continuité de services essentiels, notamment l’enregistrement et la documentation des réfugiés, l’hébergement, la protection et l’accompagnement vers l’autonomie.
Au-delà de l’urgence, investir dans des solutions durables
Pour le HCR, l’aide d’urgence doit s’accompagner d’investissements capables de renforcer les services publics, les moyens de subsistance et les communautés qui accueillent les personnes déplacées. L’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi et à des activités génératrices de revenus constitue une condition importante pour réduire la dépendance à l’assistance humanitaire.
Mais aucune réponse durable ne pourra faire l’économie d’efforts politiques et sécuritaires visant à réduire les violences qui provoquent les départs. Sans amélioration de la sécurité, les déplacements risquent de se prolonger et de fragiliser davantage les économies locales.
Avec près de quatre millions de personnes déracinées dans le Sahel central, l’alerte des Nations Unies dépasse le seul cadre humanitaire. Elle rappelle l’interdépendance entre sécurité, climat, développement et stabilité régionale. Pour les États concernés et leurs partenaires, l’enjeu est désormais de répondre aux besoins immédiats tout en créant les conditions permettant aux populations de reconstruire leur vie en sécurité et dans la dignité.




























