GENÈVE — 30 septembre 2026. À la 63ᵉ session du Conseil des droits de l’homme, la République démocratique du Congo a choisi la tribune d’un side event de haut niveau consacré à l’Alliance internationale pour la prévention des violences sexuelles liées aux conflits (PSVI) pour donner une dimension internationale à son engagement en matière de droits humains. Organisée sous le thème « De l’engagement à l’action », la rencontre s’inscrit dans la co-présidence 2026 de l’Alliance assurée par la RDC aux côtés de l’Ukraine.
Au cœur de cette séquence diplomatique, S.E. Samuel Mbemba Kabuya, ministre des Droits humains, présente les priorités congolaises : renforcer l’Alliance, combattre l’impunité et assurer une protection concrète aux survivantes ainsi qu’aux enfants nés des violences sexuelles liées aux conflits. Son intervention s’inscrit dans une action ministérielle plus large, dont la justice transitionnelle constitue également l’un des axes. Le ministère identifie officiellement parmi ses objectifs la mise en œuvre des instruments des droits humains, la défense des intérêts de la RDC devant les instances internationales et régionales, la redynamisation des divisions provinciales et l’implémentation de la justice transitionnelle.
Du mandat présidentiel à l’action ministérielle
Le lien avec l’orientation présidentielle apparaît directement dans le discours de Genève. Samuel Mbemba Kabuya rappelle que le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a « pris personnellement, à Londres, l’initiative de l’adhésion » de la RDC à l’Alliance internationale PSVI. Le ministre intervient ainsi pour porter, dans le cadre de sa responsabilité gouvernementale, un engagement dont l’impulsion présidentielle est explicitement rappelée.
Cette séquence prend place dans un agenda ministériel qui, ces dernières semaines, a également placé la justice transitionnelle au premier plan. Le 24 septembre à Kinshasa, Samuel Mbemba Kabuya a lancé un cadre de concertation consacré à cette question. Il a alors défini la justice transitionnelle non seulement comme un mécanisme de réparation, mais comme un instrument destiné à restaurer la confiance, renforcer la cohésion sociale, consolider l’État de droit et créer les conditions d’une paix durable. Il a appelé à passer « des orientations et des engagements » à une « dynamique opérationnelle structurée » autour des priorités nationales.
À Genève, le même fil conducteur apparaît : faire correspondre les engagements en matière de droits humains avec des mécanismes susceptibles de produire des effets concrets.
PSVI : une responsabilité internationale pour un pays directement confronté aux violences
En présentant l’Alliance, le ministre rappelle qu’elle a été lancée en 2012 par le Royaume-Uni, à l’initiative de Lord William Hague et d’Angelina Jolie, alors Envoyée spéciale du HCR. Sa conviction fondatrice tient en une formule : « les violences sexuelles en temps de conflit ne sont pas une fatalité, ce sont des crimes ».
Le PSVI, rappelle-t-il, a connu un tournant en 2014 avec le Sommet mondial de Londres et l’adoption du Protocole international de documentation et d’enquête. L’Alliance réunit aujourd’hui États, organisations internationales, société civile et réseaux de survivantes. Pour le ministre, elle constitue une « plateforme de coordination, de solidarité et d’action ».
La participation congolaise possède une dimension particulière : la RDC est elle-même confrontée aux violences sexuelles liées aux conflits. « Mon pays connaît, hélas, le prix macabre de ces violences », déclare Samuel Mbemba Kabuya. Dans son discours, il développe ensuite l’analyse et les attributions portées par la position officielle présentée lors du side event.
Cette réalité explique aussi la place accordée aux victimes dans la feuille de route congolaise.
Le ministre insiste notamment sur les enfants nés des viols liés aux conflits, qu’il décrit comme des victimes innocentes exposées à la stigmatisation, au rejet, à l’exclusion et parfois à l’apatridie. « Ils ne sont pas une conséquence collatérale, ils sont des titulaires de droits, des victimes qui ont besoin de protection, d’identité, de justice et de dignité », affirme-t-il.
La Première Dame et une action centrée sur les survivantes et les enfants
Dans cette architecture, Samuel Mbemba Kabuya souligne également le rôle de Denise Nyakeru Tshisekedi, Première Dame de la RDC et Championne Globale de la prévention des violences sexuelles liées aux conflits. Selon le discours du ministre, elle « suit et appuie les activités du PSVI depuis notre adhésion à ce jour ».
La logique défendue à Genève est donc celle d’une protection qui ne s’arrête pas à la reconnaissance du statut de victime. Elle englobe l’identité, la nationalité, l’accès à la justice, les réparations, les soins psychosociaux et l’éducation.
La feuille de route congolaise repose sur trois priorités.
La première est institutionnelle : créer un Secrétariat global permanent de la PSVI, afin de garantir mémoire institutionnelle, suivi des engagements, coordination, continuité et redevabilité.
La deuxième concerne la lutte contre l’impunité : renforcer les lois, former magistrats, policiers et militaires et utiliser systématiquement le Protocole international pour que les preuves puissent tenir devant les tribunaux.
La troisième porte sur la protection : garantir l’enregistrement des naissances sans discrimination, l’accès à la nationalité par la mère, la justice, les réparations, les soins psychosociaux et l’éducation, tout en protégeant la confidentialité et la vie privée des survivantes et des enfants. « La prévention ne sera complète que si elle protège à la fois la mère et l’enfant », insiste le ministre.
De Kinshasa à Genève, une même exigence : passer des engagements aux résultats
L’intérêt de la séquence PSVI réside ainsi dans sa continuité avec les autres chantiers portés par le ministère. La justice transitionnelle, la lutte contre l’impunité, la documentation des violations et la protection des victimes relèvent d’une même problématique : comment transformer les engagements relatifs aux droits humains en dispositifs opérationnels ?
Cette orientation correspond également aux missions officiellement affichées par le ministère : suivi des instruments internationaux, régionaux et nationaux des droits humains, défense des intérêts de la RDC devant les instances internationales et régionales, redynamisation des divisions provinciales et implémentation de la justice transitionnelle.
À Genève, Samuel Mbemba Kabuya pousse cette logique jusqu’à l’échelle de l’Alliance. À deux mois de la fin du mandat congolais, il refuse que la co-présidence reste uniquement institutionnelle : « Nous ne voulons pas que cette présidence reste symbolique. Nous voulons qu’elle laisse une trace. »
La RDC appelle ainsi les États non membres à rejoindre l’Alliance, les membres à désigner un point focal national et à adopter des engagements mesurables, tandis que les partenaires sont invités à soutenir la création du Secrétariat global et à financer les programmes de réintégration.
Cette démarche donne au ministère des Droits humains une présence qui dépasse la seule gestion administrative des questions de droits fondamentaux : elle articule action nationale, justice transitionnelle, protection des victimes et diplomatie multilatérale.
Dans cette perspective, l’intervention de Samuel Mbemba Kabuya à Genève apparaît comme une déclinaison concrète de l’engagement rappelé par le ministre lui-même : celui d’un Chef de l’État qui avait personnellement engagé l’adhésion de la RDC au PSVI. La co-présidence congolaise devient alors un espace où cette orientation est traduite en propositions précises : un secrétariat permanent, des engagements mesurables, une lutte renforcée contre l’impunité et une protection effective des survivantes et des enfants.
Le message du ministre tient finalement en une formule qui résume aussi l’ambition de cette séquence diplomatique : « Ensemble, transformons l’engagement en action. »





























