La troisième et dernière partie de la session annuelle 2026 de la Conférence du désarmement s’est achevée le 11 septembre à Genève, sous la présidence du Pakistan. Cette phase finale, ouverte le 27 juillet, clôt un cycle organisé en trois périodes depuis le 19 janvier. La présidence a été exercée par l’ambassadeur Tahir Hussain Andrabi, secrétaire adjoint chargé du contrôle des armements et porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères, qui a supervisé les discussions sur le rapport annuel destiné à la Première Commission de l’Assemblée générale des Nations unies. Selon le Dawn, Islamabad a explicitement reconnu que la Conférence n’était pas parvenue, cette année encore, à adopter un programme de travail substantiel.
Le constat central demeure l’absence de consensus sur le rétablissement des organes subsidiaires de la Conférence — groupes de travail, comités ad hoc ou groupes d’experts que son règlement intérieur l’autorise à créer par consensus. Faute d’accord sur leur mandat, leur composition ou leurs méthodes, les échanges se sont limités à des séances plénières et discussions thématiques, qui maintiennent le dialogue diplomatique sans remplir la fonction de négociation structurée que ces organes devraient assurer.
L’ordre du jour touche des questions imbriquées : arrêt de la course aux armements nucléaires, prévention d’une guerre nucléaire, prévention d’une course aux armements dans l’espace, garanties de sécurité négatives, nouveaux types d’armes de destruction massive, transparence des armements. Ces thèmes ne peuvent plus être traités isolément : la modernisation des arsenaux nucléaires s’inscrit désormais dans un environnement élargi de missiles hypersoniques, de systèmes de commandement, d’intelligence artificielle et de capacités cybernétiques, ce qui complique d’autant la prévention d’une guerre nucléaire face à la fragilité des systèmes d’alerte et à la compression des délais de décision.
Le consensus : une garantie et une source de blocage
À mon sens, cette paralysie ne résulte pas uniquement d’un manque de volonté diplomatique, mais d’une contradiction institutionnelle : le consensus assure la légitimité d’un futur traité, mais interprété comme un droit de blocage permanent, il transforme la Conférence en simple espace de discussion sans capacité réelle de négociation. Le problème n’est donc pas le principe du consensus lui-même, mais l’absence de mécanismes intermédiaires permettant de préserver le travail technique lorsque l’accord politique tarde. Les organes subsidiaires pourraient précisément jouer ce rôle de sans clarifier les positions, identifier les convergences, préparer une négociation formelle.
Les blocages traduisent des divergences substantielles : la place de la dissuasion dans les doctrines de sécurité, la portée de l’article VI du TNP, la définition de la stabilité stratégique, le statut juridique des nouvelles technologies militaires, les garanties de sécurité aux États non dotés. Ces divergences sont aggravées par la détérioration des relations entre grandes puissances — guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient — et par une tendance de fond documentée par le SIPRI Yearbook 2026 : les neuf États dotés continuent de moderniser leurs arsenaux, et les États s’appuient de nouveau davantage sur l’arme nucléaire comme instrument de puissance, inversant des décennies d’efforts de réduction. Ce constat rejoint l’échec, la même année, de la Conférence d’examen du TNP, conclue sans document final pour la troisième fois consécutive.
Mon appréciation : réformer plutôt qu’abandonner
La Conférence ne doit pas être considérée comme dépassée : sa composition reste unique, réunissant les principales puissances nucléaires et des États de toutes les régions. Mais sa préservation exige une réforme des méthodes de travail, sous peine d’accentuer sa marginalisation. Cette réforme ne remettrait pas en cause le consensus pour les décisions juridiquement contraignantes, mais introduirait plus de souplesse pour les travaux préparatoires, techniques et exploratoires, et pour les rapports d’experts évitant qu’un désaccord ponctuel ne bloque tout le travail institutionnel.
Conclusions et recommandations
La Conférence devrait d’abord rechercher un accord minimal pour rétablir les organes subsidiaires sur les sujets les moins clivants — prévention des incidents dans l’espace, réduction des risques nucléaires, sécurité des systèmes de commandement avec des mandats limités dans le temps plutôt que les formulations trop ambitieuses qui ont échoué en 2026. Elle devrait aussi associer davantage chercheurs et experts techniques, notamment sur l’intelligence artificielle et les systèmes d’armes autonomes, sans transférer la négociation elle-même aux experts.
Des mesures concrètes de réduction des risques restent possibles indépendamment d’un accord global : canaux de communication militaire renforcés, notification des exercices, contrôle humain significatif sur les systèmes d’armes, refus de toute intégration non vérifiée de l’IA dans les fonctions nucléaires critiques, et normes communes de comportement responsable dans l’espace. Sur le plan institutionnel, un programme de travail pluriannuel distinguant discussions exploratoires, travaux techniques et négociations formelles apporterait la continuité qui manque à une session annuelle fragmentée, accompagné d’une transparence accrue par la publication de documents de synthèse.
Enfin, les priorités des grandes puissances ne doivent pas seules structurer l’agenda : les États d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine ont des préoccupations propres — garanties de sécurité, transferts d’armes, sécurité humaine — que la Conférence gagnerait à mieux articuler avec les travaux de l’Union africaine, de l’UE, de l’ASEAN et de la Ligue arabe.
La clôture de la session 2026 sans consensus confirme une paralysie préoccupante, mais ne signifie pas que le dialogue multilatéral est sans valeur : elle montre que les méthodes actuelles ne répondent plus à la complexité des risques contemporains. Dans un contexte de modernisation nucléaire, de militarisation de l’espace et d’intégration de l’IA dans les systèmes militaires, aucun État ne peut garantir seul la stabilité stratégique. La priorité est double : préserver le consensus pour les engagements contraignants, tout en assouplissant les travaux préparatoires. Le rétablissement des organes subsidiaires, des mandats précis, l’implication des experts et des mesures de réduction des risques sont des étapes réalistes. La Conférence doit être réformée, non abandonnée : son avenir dépendra de sa capacité à passer d’une logique de blocage à une construction progressive de la confiance.




























