Une grave crise de gouvernance secoue Congo Airways, sur fond d’accusations de mauvaise gestion, de dépenses contestées et de salaires impayés. Le différend oppose notamment le président du Conseil d’administration, Bertrand Ewanga, au directeur général, Alexandre Mukendi Tshikala.
Dans une correspondance datée du 2 septembre 2026 et adressée à la ministre du Portefeuille, le PCA accuse le directeur général de « gestion hasardeuse et calamiteuse », de gaspillage et de « sabotage flagrant » de la vision présidentielle visant à relancer la compagnie nationale.
Bertrand Ewanga affirme que plus de 23 millions de dollars auraient été engagés sans résultat tangible au cours des vingt mois de gestion de l’actuelle direction. Il déplore notamment qu’aucun avion n’ait été remis en exploitation durant cette période.
Plusieurs opérations sont également mises en cause. Le PCA cite la résiliation du contrat conclu avec la compagnie lituanienne KLASJET, ainsi que la location d’un Airbus A320 auprès de la société sud-africaine ALLEGENCIA. Selon lui, l’appareil n’aurait jamais effectué de vol, malgré des dépenses dépassant 3 millions de dollars.
Il évoque également une somme de 255 000 dollars versée à INTERNATIONAL AIR LEASES, dont la destination serait inconnue, ainsi qu’un paiement de 1,41 million de dollars effectué en 2024 à la compagnie jordanienne JORDAN AVIATION pour un avion qui n’aurait jamais été livré.
La directrice générale adjointe, Pontshi Lobo Mamitsho, est également citée dans ces accusations. Le PCA estime que ces différentes opérations traduisent de graves dysfonctionnements dans la gestion de la compagnie et compromettent les efforts de relance engagés par l’État.
Dans deux correspondances datées du 7 septembre, le directeur général Alexandre Mukendi Tshikala a rejeté « avec la plus grande fermeté » les accusations portées contre lui. Il dénonce une tentative de déstabilisation de la direction, des manœuvres communautaires au sein du personnel et une possible volonté de provoquer son départ.
Le directeur général a demandé la mise en place d’un audit indépendant et contradictoire afin d’établir les responsabilités sur la base de documents vérifiables. Il a également sollicité la convocation d’une réunion du Conseil d’administration et de l’Assemblée générale des actionnaires, initialement prévue le 11 septembre.
Ce conflit intervient alors que la compagnie fait déjà l’objet de préoccupations institutionnelles. Le 17 février 2026, une commission d’enquête mixte réunissant des représentants du ministère du Portefeuille, de l’Inspection générale des finances, du Conseil supérieur du portefeuille et de l’Autorité de l’aviation civile avait transmis son rapport.
Ce document aurait relevé des engagements financiers jugés imprudents, évalués à plus de 2 millions de dollars, ainsi que des violations présumées des procédures de passation des marchés publics. La commission aurait également recommandé une réévaluation de l’équipe dirigeante de Congo Airways.
Sur le plan opérationnel, le vice-Premier ministre chargé des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo, a convoqué, pour le 10 septembre, une quatrième réunion de coordination consacrée au plan de relance de la compagnie. Les discussions doivent notamment porter sur la mise en exploitation d’un Embraer E190 et d’un Airbus A320.
Mais la situation sociale demeure particulièrement tendue. Le Banc syndical national de Congo Airways a annoncé l’organisation de sit-in à partir du 10 septembre devant la Primature, plusieurs ministères et le Palais de la Nation.
Les agents réclament le paiement de 28 mois d’arriérés de salaires, dont 14 accumulés sous l’actuelle direction. Ils dénoncent également l’absence de relance effective de la compagnie et l’incertitude persistante entourant son avenir.
Entre accusations de mauvaise gestion, enquêtes institutionnelles, désaccords au sommet et revendications sociales, Congo Airways traverse une crise multidimensionnelle. La mise en place d’un audit indépendant et la clarification des responsabilités apparaissent désormais comme des étapes essentielles pour restaurer la confiance et relancer durablement la compagnie nationale.




























