À Khartoum, la guerre ne s’est pas arrêtée avec le recul des combats. Elle persiste, silencieuse et invisible, sous la forme de milliers de munitions non explosées qui transforment chaque rue, chaque terrain vague, en menace potentielle. Après trois années de conflit au Soudan, la capitale reste profondément marquée par ces vestiges meurtriers.
L’histoire de Khaled Abdulgader illustre tragiquement cette réalité. En voyant des enfants jouer au football avec un objet suspect, il tente d’intervenir. L’engin explose dans sa main. Bilan : deux doigts arrachés, la poitrine lacérée par des éclats. Un geste de protection devenu drame, révélateur d’un danger largement sous-estimé par une population qui commence à revenir dans la ville.
Ces engins mines, obus, grenades, roquettes ou bombes n’ont pas explosé lors des affrontements. Mais leur instabilité en fait des pièges permanents. Selon les autorités et les organisations humanitaires, des dizaines de milliers de munitions de ce type seraient encore dispersées, en particulier dans et autour de Khartoum.
Le problème est aggravé par le retour progressif des habitants, souvent peu informés des risques. Après la reprise de la capitale par l’armée soudanaise, beaucoup retrouvent leurs quartiers sans être conscients que leur environnement est devenu un champ miné. Les enfants, en particulier, figurent parmi les premières victimes, attirés par des objets qu’ils ne perçoivent pas comme dangereux.
Au-delà du drame humain, cette situation pose un défi humanitaire majeur. Le déminage est une opération longue, coûteuse et techniquement complexe. Il nécessite des moyens spécialisés, une coordination internationale et un travail de sensibilisation auprès des populations locales.
Pour le Soudan, l’enjeu dépasse la simple sécurité immédiate. Ces munitions entravent la reconstruction, ralentissent le retour à la vie normale et prolongent les effets du conflit bien au-delà des combats. Elles transforment la paix apparente en une insécurité permanente.
Ainsi, à Khartoum, la guerre continue autrement. Non plus par les armes visibles, mais par ces restes explosifs qui rappellent chaque jour que la fin des combats ne signifie pas la fin du danger. Et que reconstruire un pays passe aussi par neutraliser les menaces invisibles laissées derrière soi.






























