Le Nigeria est un paradoxe pétrolier permanent. Premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, il est aussi l’un des pays qui pâtit le plus de la volatilité des marchés énergétiques, faute de raffineries capables de transformer son propre brut en carburant pour sa propre consommation. La guerre en Iran illustre cette contradiction de façon particulièrement cruelle.
D’un côté, la hausse du cours du Brent au-dessus de 100 dollars depuis le début du conflit est théoriquement favorable aux revenus pétroliers nigérians. De l’autre, les importations de carburant raffiné que le Nigeria continue de réaliser malgré l’inauguration de la raffinerie Dangote coûtent infiniment plus cher. Et la hausse des prix de l’énergie alimente une inflation qui frappe de plein fouet les 220 millions de Nigérians, dont la majorité vit avec moins de deux dollars par jour.
La décision du président Tinubu, annoncée la semaine dernière, de réduire les droits de douane sur plusieurs produits essentiels à partir du 1er juillet, est une réponse directe à cette pression inflationniste. Mais une réduction tarifaire ne peut pas compenser à elle seule les effets d’une guerre à 5 000 kilomètres qui perturbe les marchés mondiaux de l’énergie.
Ce que veut Abuja, et avec elle toute l’Afrique de l’Ouest, c’est un accord de paix en Iran. Pas par solidarité humanitaire, mais par pragmatisme économique. Chaque semaine de conflit autour du détroit d’Ormuz est une semaine de surcoût pour les économies africaines. Et ces surcoûts se traduisent en recul du pouvoir d’achat, en ralentissement de l’investissement, en allongement des files de pauvres.





























