L’offensive déclenchée ce mardi matin par la coalition AFC-M23 contre les positions des FARDC à Luvungi a brisé la trêve relative qui prévalait dans la plaine de la Ruzizi depuis le début de l’année. Les violents bombardements signalés près de Kabunambo ont provoqué une onde de choc immédiate parmi les populations civiles, entraînant un déplacement massif de milliers de personnes vers le sud, en direction d’Uvira. Ce mouvement de panique témoigne de la brutalité des affrontements et de la crainte d’une extension des combats vers les centres urbains denses, alors que les rebelles semblent vouloir tester la solidité du dispositif défensif loyaliste dans cette zone frontalière stratégique.
La chute de la localité de Kirungu, intervenue le lundi 16 mars au soir, constitue un revers tactique majeur pour les forces gouvernementales et leurs alliés locaux. Située sur les hauteurs surplombant Uvira, cette position verrouille l’accès aux hauts plateaux de Minembwe, bastion historique de plusieurs groupes armés dont la coalition Twirwaneho et les Red Tabara. En s’emparant de ce point de passage, l’alliance menée par l’AFC-M23 s’offre une profondeur stratégique lui permettant de coordonner ses actions entre la plaine de la Ruzizi et les zones de refuge montagneuses, menaçant ainsi d’asphyxier les voies d’approvisionnement vers Uvira.
Cette nouvelle dynamique de conflit souligne la montée en puissance d’une alliance multiforme regroupant des rébellions aux agendas variés mais unis contre Kinshasa. La collaboration opérationnelle entre l’AFC-M23, les Red Tabara et les groupes Ngumino transforme le Sud-Kivu en un brasier complexe où s’entremêlent revendications identitaires locales et enjeux géopolitiques régionaux. Pour les FARDC, cette multiplication des fronts dans les moyens et hauts plateaux rend la défense du territoire particulièrement ardue, les obligeant à disperser leurs unités d’élite déjà fortement mobilisées dans le Nord-Kivu voisin.
Sur le plan humanitaire, la situation à Uvira devient critique avec l’arrivée continue de déplacés fuyant Runingu et Luvungi. Les structures d’accueil, déjà saturées par des mois d’instabilité chronique, manquent de tout : eau potable, nourriture et abris d’urgence. La proximité de la frontière avec le Burundi et le Rwanda ajoute une couche de complexité supplémentaire, les humanitaires craignant que l’insécurité n’entrave les corridors d’aide transfrontaliers. L’urgence d’une réponse coordonnée est criante pour éviter une catastrophe sanitaire dans une ville d’Uvira qui se retrouve désormais en première ligne des hostilités.
La rupture de la trêve observée depuis janvier 2026 suggère que la phase de réorganisation des groupes armés est terminée, laissant place à une volonté de conquête territoriale affirmée. En ciblant la partie nord d’Uvira, l’AFC-M23 cherche manifestement à couper la route nationale RN5, axe vital pour l’économie régionale reliant le Sud-Kivu au Tanganyika. Cette stratégie d’isolement des pôles urbains est une marque de fabrique du mouvement, visant à affaiblir l’autorité de l’État et à forcer des négociations politiques en position de force, au mépris des accords de cessez-le-feu précédemment évoqués.
Les événements de ce 17 mars placent la région d’Uvira dans une zone d’incertitude sécuritaire totale. La fragilité des équilibres locaux est plus que jamais exposée, et la chute de Kirungu pourrait n’être que le prélude à une offensive de plus grande envergure vers les centres de décision du Sud-Kivu. Face à cette menace hybride, la réponse de Kinshasa et de la communauté internationale devra dépasser le cadre strictement militaire pour intégrer une dimension de protection civile et de désamorçage des tensions communautaires, sous peine de voir la province basculer dans un cycle de violence incontrôlable.






























