Le sommet tripartite de haut niveau qui s’est tenu ce lundi 16 mars 2026 au Palais Mohammed V de Conakry marque une étape décisive pour la stabilité de l’Afrique de l’Ouest. En recevant Joseph Boakai du Liberia et Julius Maada Bio de la Sierra Leone, le président de la transition guinéenne, Mamadi Doumbouya, a choisi la voie de la désescalade après des semaines de tensions frontalières alarmantes. La présence de la Côte d’Ivoire en tant que pays témoin souligne l’importance régionale de ce différend, qui ne concerne pas seulement des tracés géographiques mais l’équilibre sécuritaire de tout le bassin du fleuve Mano.
L’élément déclencheur de ce sommet d’urgence réside dans une série d’incidents armés survenus aux confins des trois frontières depuis la fin du mois de février. Le ministère libérien des Affaires étrangères avait formellement dénoncé, lundi matin, des heurts entre des civils libériens et des militaires guinéens, tandis que Freetown et Conakry s’étaient mutuellement accusés d’incursions militaires quelques jours plus tôt. Ces frictions, alimentées par des incertitudes sur la délimitation territoriale et la gestion des ressources locales, menaçaient de transformer des litiges de voisinage en un conflit ouvert impliquant les armées régulières.
Le communiqué commun lu par le ministre Morissanda Kouyaté acte un retour immédiat au statu quo de coexistence pacifique, une formulation diplomatique visant à geler les positions militaires pour laisser place aux experts. L’engagement le plus concret de cette rencontre est la création de commissions techniques conjointes chargées d’examiner scientifiquement les questions de délimitation frontalière. Cette approche par le droit et la géographie vise à sortir de l’émotionnalité des affrontements de terrain pour apporter des réponses pérennes basées sur les archives coloniales et les réalités sociologiques des communautés frontalières.
Signe tangible de la volonté de détente, la Guinée a annoncé dès la fin du sommet le retrait progressif de son dispositif sécuritaire spécial déployé dans les zones litigieuses. Ce mouvement de troupes, que Conakry qualifiait de « purement défensif », avait été perçu comme une provocation par ses voisins, entraînant une condamnation de la CEDEAO qui appelait à la retenue le 13 mars dernier. En ordonnant ce repli, Mamadi Doumbouya envoie un signal de bonne foi à ses homologues, tout en rappelant que la protection de l’intégrité territoriale reste une priorité non négociable de son administration.
Au-delà des aspects militaires, le sommet a mis en lumière la dimension humaine de cette crise, rappelant que les frontières héritées de la colonisation séparent souvent les mêmes groupes ethniques, notamment les Kissi et les Thomas. Les dirigeants ont appelé leurs populations respectives au calme, conscient que les rumeurs et les tensions entre civils sont souvent le terreau des embrasements militaires. Le rétablissement de la libre circulation et de la sécurité des échanges commerciaux transfrontaliers est désormais au cœur des discussions techniques pour éviter que la précarité économique ne serve de prétexte à de nouveaux troubles.
Si le sommet de Conakry a permis d’éviter l’escalade immédiate, la résolution définitive des litiges territoriaux reste un défi de longue haleine. Un nouveau rendez-vous a déjà été fixé dans un mois pour évaluer les premiers travaux des commissions mixtes et consolider les acquis de ce dialogue tripartite. Pour l’Union du fleuve Mano, la réussite de ce processus sera le test ultime de sa capacité à transformer une zone de friction en un espace de coopération intégrée, prouvant que la diplomatie africaine peut résoudre ses propres crises sans ingérence extérieure majeure.






























