La nuit du dimanche au lundi 16 mars restera gravée dans la mémoire des habitants de l’ouest de Goma comme une nouvelle descente aux enfers. Les quartiers Mugunga et Lac Vert, pourtant habitués à la tension permanente du Nord-Kivu, ont été le théâtre d’affrontements d’une rare violence, marqués par l’usage d’armes lourdes en plein périmètre urbain. Ce n’est plus seulement l’ombre de la guerre qui plane sur la ville, mais sa réalité la plus brutale qui s’invite au pas de la porte des civils. Cette éruption de violence pose une question fondamentale sur la sécurité de la capitale provinciale : Goma est-elle encore une zone protégée ou est-elle devenue un terrain d’expérimentation pour des groupes armés défiant ouvertement l’autorité de l’État ?
Le mode opératoire des assaillants, mêlant détonations militaires et pillages systématiques de commerces, révèle une stratégie de terreur qui dépasse le simple banditisme urbain. En vidant les boutiques de vivres de leurs stocks de farine, de riz et d’huile, les auteurs de ces attaques frappent là où la population est la plus vulnérable : son approvisionnement alimentaire. Ces scènes de pillages, survenant après des heures de tirs nourris, suggèrent une logistique de ravitaillement forcée pour des groupes qui semblent opérer avec une impunité déconcertante. Pour l’opinion publique, le choc est total : comment des quartiers entiers peuvent-ils être mis à sac durant une nuit complète sans une intervention décisive des forces de sécurité ?
La découverte de deux corps sans vie au petit matin, dont celui d’un homme en tenue militaire près du rond-point CCLK, ajoute une couche de confusion à une situation déjà illisible. Cette présence d’un militaire parmi les victimes soulève des interrogations inquiétantes sur l’identité réelle des belligérants de la nuit. S’agissait-il d’affrontements entre l’armée régulière et des infiltrés, ou de dérives tragiques impliquant des éléments incontrôlés ? L’incertitude sur le bilan humain et l’origine des tirs nourrit une paranoïa légitime chez les habitants, qui ne savent plus distinguer leurs protecteurs de leurs agresseurs dans le chaos des nuits gomatraciennes.
Les dégâts matériels, illustrés par l’incendie dévastateur d’une boutique de matelas provoqué par des balles perdues, témoignent de l’intensité des combats. Ce sinistre, qui a consumé les stocks jusqu’au petit matin, symbolise la ruine économique qui accompagne chaque poussée de violence dans cette région. Pour les opérateurs économiques locaux, chaque investissement est un pari risqué contre le feu et le pillage. Cette précarité commerciale pose un jalon de réflexion pour les lecteurs : quelle résilience peut-on attendre d’une ville où le fruit de plusieurs années de travail peut être réduit en cendres ou emporté dans des sacs de riz en l’espace de quelques heures ?
Cette recrudescence de la tension à l’ouest de Goma s’inscrit dans un contexte sécuritaire régional de plus en plus volatil, où la ligne de front semble se rapprocher dangereusement des centres urbains. La population, terrée dans ses maisons aux alentours de 23 heures, vit désormais au rythme des détonations qui “ressemblent à un véritable front de guerre”. Cette normalisation de l’horreur est le signe d’une érosion de la sécurité urbaine que les autorités peinent à endiguer. Si les quartiers périphériques tombent dans l’anarchie, c’est toute la structure administrative et sociale de la province qui risque de s’effondrer par effet de dominos.
La nuit de Mugunga et Lac Vert est un signal d’alarme pour Kinshasa et la communauté internationale. On ne peut plus parler de Goma comme d’un havre de paix relatif face aux rébellions rurales ; la guerre est entrée dans la cité. Pour les citoyens, le sentiment d’abandon est à son comble. La question n’est plus de savoir quand la prochaine attaque aura lieu, mais si l’État dispose encore des moyens et de la volonté de reprendre le contrôle de ses propres quartiers avant que Goma ne devienne une ville fantôme, pillée par ses propres démons.






























