C’est un avertissement au ton grave qui vient de tomber depuis Kinshasa. Le gouvernement congolais a officiellement alerté, ce samedi 14 mars 2026, sur ce qu’il qualifie d’« incubation d’un mouvement insurrectionnel » dans la province du Haut-Katanga. En liant directement l’activisme local des miliciens Bakata-Katanga à la coalition rebelle AFC/M23, l’exécutif pointe du doigt une stratégie de déstabilisation à l’échelle nationale, faisant craindre l’ouverture d’un nouveau front au cœur du poumon économique de la République Démocratique du Congo.
Le signal d’alarme s’appuie sur des faits récents et documentés : une incursion violente dans le quartier général du Parc National d’Upemba, ainsi que dans la localité de Lusinga, début mars 2026. Ces attaques, qui ont coûté la vie à cinq agents de l’ICCN (Institut Congolais pour la Conservation de la Nature), marquent un basculement. Ce qui était perçu comme un banditisme résiduel ou un séparatisme local semble aujourd’hui s’inscrire dans une dynamique beaucoup plus vaste et coordonnée avec les forces qui endeuillent déjà le Nord et le Sud-Kivu.
Pour les analystes, ce lien probable entre l’AFC (Alliance Fleuve Congo) et les Bakata-Katanga suggère une volonté de l’ennemi de diviser les efforts de l’armée loyaliste (FARDC). En allumant un foyer insurrectionnel au Katanga, l’alliance rebelle force Kinshasa à dégarnir le front de l’Est pour protéger ses centres miniers stratégiques. Cette “incubation” au Sud n’est pas qu’une menace sécuritaire ; c’est une arme psychologique et économique visant à frapper la RDC là où ses ressources sont les plus vitales.
L’incursion dans le Parc National d’Upemba n’est pas anodine. Comme les Virunga à l’Est, les parcs nationaux deviennent des zones de repli idéales pour les mouvements insurrectionnels en raison de leur immensité et de leur accès difficile. En ciblant la station de Lusinga, les assaillants ne cherchent pas seulement à piller, mais à marquer leur contrôle sur des zones non étatisées, créant ainsi des “zones rouges” où l’autorité de l’État s’évapore au profit de la terreur.
L’assimilation de ces groupes aux Bakata-Katanga réveille le spectre du séparatisme katangais, une blessure historique de la RDC. Le gouvernement, en dénonçant cette alliance avec le M23, tente de délégitimer toute revendication locale en la rattachant à une agression extérieure. L’enjeu est de taille : éviter que les frustrations communautaires ne servent de terreau à une rébellion téléguidée depuis l’étranger. La vigilance est donc de mise pour ne pas tomber dans le piège de la stigmatisation, tout en assurant une réponse militaire ferme.
Le compte-rendu du Conseil des ministres, porté par le ministre Patrick Muyaya, souligne que des mesures de sécurisation renforcées ont été ordonnées. L’objectif est d’étouffer l’incubation avant qu’elle ne se transforme en une insurrection généralisée. Pour le Haut-Katanga, province habituée à une paix relative malgré des crises politiques, ce rappel à la réalité est brutal. La stabilité de Lubumbashi et des zones minières environnantes est désormais la priorité absolue du Conseil de défense.
La RDC fait face à une mutation de la menace. L’alliance présumée entre l’AFC/M23 et les Bakata-Katanga est un défi à la souveraineté qui exige une réponse qui dépasse le cadre strictement militaire. Elle appelle à une surveillance accrue des frontières internes et à un renforcement de l’autorité de l’État dans les zones rurales délaissées. Si 2025 a été l’année des grandes violations à l’Est, 2026 pourrait être celle de la résistance au Sud.






























