C’est un recadrage qui fera date dans les annales de la gestion administrative congolaise. Lors de la quatre-vingt-unième réunion ordinaire du Conseil des ministres, le président Félix-Antoine Tshisekedi a officiellement sifflé la fin de la récréation budgétaire. En interdisant la création anarchique de fonds, cellules et commissions au sein des ministères, le Chef de l’État s’attaque de front à un mal endémique : la fragmentation des structures publiques qui, au fil des ans, est devenue un gouffre financier pour le Trésor.
L’annonce est tombée comme un couperet : toute nouvelle structure doit désormais recevoir l’aval préalable de la Première Ministre avant tout arbitrage présidentiel. Mais le point le plus saillant de cette communication réside dans l’ordre d’une évaluation globale des structures existantes. Il ne s’agit plus seulement de fermer le robinet, mais de nettoyer la plomberie de l’État. L’objectif est clair : identifier les « coquilles vides » ou les doublons administratifs qui ne servent que de prétextes au gaspillage des ressources publiques.
Depuis des décennies, la prolifération des structures rattachées aux cabinets ministériels a souvent servi de mécanisme pour contourner la rigidité des procédures de la fonction publique ou, dans le pire des cas, de refuges pour le clientélisme politique. En imposant un encadrement strict, Félix Tshisekedi veut ramener les compétences au sein des secrétariats généraux permanents des ministères, renforçant ainsi l’administration classique au détriment de cellules de passage souvent budgétivores.
Ce tour de vis intervient dans un contexte de forte pression macroéconomique. Alors que la RDC est engagée dans des programmes de résilience avec le FMI et la Banque Mondiale pour l’exercice 2026, la discipline budgétaire est devenue le mot d’ordre pour préserver la stabilité du Franc Congolais. Réduire le train de vie des institutions n’est plus une demande de la société civile, c’est une exigence de survie économique.
En plaçant la Première Ministre en première ligne du processus de validation, le Chef de l’État renforce la fonction de coordination du Gouvernement. Cette mesure vise à éviter que chaque ministère ne fonctionne comme un îlot autonome, créant ses propres fonds sans cohérence avec la vision globale du budget de l’État. C’est le retour de la rigueur comptable au sommet de l’appareil gouvernemental.
L’audit des structures existantes, mentionné dans le compte-rendu du ministre Patrick Muyaya, promet d’être le moment de vérité pour de nombreux coordonnateurs de cellules et de commissions. Si cette évaluation est menée avec la rigueur annoncée, elle pourrait libérer des marges budgétaires colossales, nécessaires pour financer les projets d’investissement à fort impact social, plutôt que de rémunérer des structures dont l’utilité réelle reste à démontrer.
Félix Tshisekedi tente de transformer la culture de gestion publique en RDC. En passant de la création systématique à l’évaluation rigoureuse, il pose les bases d’un État plus svelte et plus efficace. Le défi réside désormais dans l’exécution de cette directive : la Première Ministre et le Ministre du Budget sauront-ils résister aux pressions sectorielles pour faire triompher l’intérêt du Trésor public ?





























