Alors que le Rwanda peaufine sa stratégie nucléaire à Paris, le contraste avec la République Démocratique du Congo est saisissant. Détentrice des plus grandes réserves d’uranium du continent et d’un potentiel hydroélectrique capable d’éclairer l’Afrique entière, la RDC semble pourtant rester sur la touche de la nouvelle course à l’énergie. Entre ambition technologique et paradoxe des ressources, Kinshasa peut-elle se permettre d’ignorer la révolution de l’atome ?
Le spectacle du président rwandais Paul Kagame s’affirmant comme le futur leader de l’innovation nucléaire en Afrique de l’Est devrait agir comme un électrochoc à Kinshasa. La RDC possède ce que le Rwanda n’aura jamais : le minerai. Avec la mine de Shinkolobwe dont l’uranium a tragiquement marqué l’histoire mondiale à Hiroshima le sous-sol congolais est le réservoir naturel de cette ambition atomique. Pourtant, c’est Kigali, dépourvu de ressources primaires, qui prend l’initiative diplomatique et technologique, soulignant un décalage stratégique majeur entre les deux voisins.
Le paradoxe congolais est criant. La RDC dispose du site d’Inga, un colosse énergétique capable de générer 44 000 MW, mais dont le développement piétine depuis des décennies. Face à cette lenteur, l’option nucléaire notamment via les petits réacteurs modulaires (SMR) pourrait offrir une alternative de proximité pour les zones industrielles et minières du Katanga ou du Kivu, loin des réseaux de distribution défaillants. Si le Rwanda mise sur le nucléaire pour pallier son manque de ressources, la RDC devrait l’envisager comme un complément indispensable à une hydroélectricité qui peine à sortir de terre.
L’enjeu n’est pas seulement énergétique, il est souverain. En maîtrisant le cycle du nucléaire civil, le Rwanda s’offre un avantage technologique et une influence diplomatique considérable. Pour la RDC, laisser son voisin prendre l’ascendant sur une technologie dont elle fournit la matière première serait une abdication stratégique. Le pays dispose pourtant de bases solides : le Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa (CREN-K), premier réacteur de recherche en Afrique (1959), témoigne d’une expertise historique qui ne demande qu’à être réactivée et modernisée.
Toutefois, le chemin vers une centrale opérationnelle en RDC est semé d’embûches sécuritaires et de gouvernance. Installer des infrastructures nucléaires dans un pays confronté à des rébellions cycliques à l’Est pose la question de la sanctuarisation des sites. Si Kigali mise sur une discipline de fer pour rassurer l’AIEA, Kinshasa devra prouver sa capacité à sécuriser non seulement ses mines d’uranium contre les trafics illicites, mais aussi ses futures installations contre toute menace asymétrique.
La compétition qui s’annonce est une course vers la “modernité industrielle”. En accueillant le sommet sur l’innovation nucléaire en mai, le Rwanda se positionne comme le “cerveau” de l’atome africain. La RDC, forte de son uranium et de son potentiel Inga, doit décider si elle veut rester un simple réservoir de matières premières pour les ambitions des autres, ou si elle entend redevenir le moteur énergétique du continent. La transformation de l’uranium congolais sur le sol congolais pour les besoins congolais n’est plus une utopie, c’est une nécessité de survie économique.
L’heure n’est plus aux projets démesurés et lointains, mais à l’agilité stratégique. Le nucléaire civil offre à la RDC l’opportunité de diversifier son mix énergétique tout en valorisant son patrimoine minier. Si le géant congolais ne se réveille pas, il prend le risque de voir son petit voisin rwandais lui vendre, dans quinze ans, une électricité produite grâce à une technologie que la RDC aurait dû mener. La bataille de l’atome en Afrique centrale ne fait que commencer, et pour l’instant, le leadership ne se trouve pas là où sont les ressources.






























