Seize mois après sa dernière grande intervention, Joseph Kabila Kabange a repris la parole ce vendredi 9 octobre 2026. Annoncée par son équipe de communication pour 17 heures, l’allocution a été diffusée en ligne depuis un lieu non précisé. L’ancien chef de l’État, qui a dirigé la République démocratique du Congo de 2001 à 2019, y décrit un pays en crise profonde et conclut : « Le Congo est en péril. Le sauver est un impératif et une urgence. »
Une guerre « sans perspective de victoire »
Le premier volet du discours porte sur la situation sécuritaire dans l’Est. Joseph Kabila accuse les autorités de poursuivre un conflit qu’elles n’auraient « ni la volonté ni les moyens de gagner ». Il déplore l’absence d’avancées dans les négociations, malgré les revers militaires qu’il attribue aux FARDC.
L’ancien président dénonce le non-respect du cessez-le-feu conclu à Doha. Il évoque aussi une collaboration présumée des forces gouvernementales avec les Wazalendo et les FDLR, leur approvisionnement en armes, ainsi que des bombardements qui toucheraient des civils. Ces accusations, déjà portées par d’autres acteurs du conflit, sont contestées par Kinshasa.
Le dialogue et la Constitution au cœur des critiques
Pour sortir de la crise, Joseph Kabila plaide de nouveau pour un dialogue national inclusif. Il reproche au pouvoir un « refus méprisant » face aux initiatives portées par les évêques de la CENCO, l’Union africaine et les organisations régionales.
Sur le plan institutionnel, il accuse les autorités de vouloir remettre en cause le pacte républicain issu des accords de Sun City. Il cite la reprise des travaux parlementaires sur une proposition de loi relative au référendum, les campagnes en faveur d’une révision constitutionnelle et la répression de manifestations hostiles à ce projet. Il dénonce enfin des arrestations qu’il juge arbitraires, visant militaires, opposants, journalistes et activistes.
Un message adressé aussi à Washington
L’ancien président s’est également exprimé sur l’accord conclu entre la RDC et les États-Unis autour des minerais stratégiques. Selon lui, Félix Tshisekedi se croit à tort assuré d’un soutien inconditionnel de Washington.
Son argument est juridique : les droits et obligations nés d’un accord international engagent l’État, et non le régime en place. Le principe de continuité de l’État est bien établi en droit international. La conclusion politique qu’il en tire relève, elle, de l’interprétation. En creux, le message semble viser aussi les partenaires américains, à qui Joseph Kabila rappelle que l’accord survivra aux dirigeants actuels. Il met par ailleurs en garde contre des conditions d’exploitation qui, selon lui, pourraient compromettre la souveraineté du pays.
Une parole qui reste contestée
Le poids de ce discours ne peut être apprécié sans rappeler la situation de son auteur. Son immunité de sénateur à vie a été levée en mai 2025. Il a depuis été condamné à mort par contumace par la justice militaire pour trahison, crimes de guerre et participation à un mouvement insurrectionnel, ce qu’il conteste. Les États-Unis l’ont sanctionné en 2026, l’accusant de soutenir le M23, une décision qu’il juge injustifiée. Il préside aujourd’hui le mouvement « Sauvons le Congo ».
Plusieurs angles morts ressortent des comptes rendus. Le discours ne contient pas de critique du M23 ni du Rwanda, acteurs centraux du conflit. L’orateur ne revient pas non plus sur son propre bilan, alors que le report des élections de 2016 et la répression de manifestations ont marqué sa présidence. Enfin, il ne détaille pas les modalités du dialogue qu’il réclame.
Reste que plusieurs sujets soulevés, de la révision constitutionnelle à l’espace civique, rejoignent les préoccupations de l’Église catholique, d’une partie de l’opposition et de la société civile. Le messager divise ; les questions posées, elles, sont au centre du débat national.
Joseph Kabila présente ce discours comme la suite de sa feuille de route en douze points de mai 2025, qu’il juge « superbement ignorée ». Il annonce des précisions « dans les heures, jours et semaines à venir », sans calendrier ni initiative concrète à ce stade. Plateforme politique, cadre de dialogue ou appel à la mobilisation : toutes les options restent ouvertes.
À l’heure où nous publions, le gouvernement n’avait pas réagi officiellement. THE TIMES+ suivra la réponse de Kinshasa, la position des acteurs religieux et régionaux, et le contenu des annonces promises.





























