La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC ne se mesure pas uniquement à l’intensité des combats ou à l’évolution des positions militaires. Elle se traduit également par une catastrophe humanitaire qui affecte des millions de personnes et dont les conséquences dépassent largement les zones directement touchées par les affrontements.
Au 30 juin 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) recensait 6 102 288 personnes déplacées à l’intérieur du pays. Ce chiffre illustre l’ampleur des mouvements forcés provoqués par les conflits et l’insécurité. Les données plus récentes du Programme alimentaire mondial font désormais état de 7,8 millions de déplacés internes, beaucoup ayant connu plusieurs déplacements successifs.
Une population prise dans un cycle de déplacements
Dans les provinces orientales, notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, les affrontements, les violences contre les civils et l’insécurité ont profondément bouleversé les conditions de vie des populations. Les familles déplacées perdent souvent leurs logements, leurs terres agricoles, leur bétail et leurs sources de revenus.
Ces déplacements successifs fragilisent également les communautés d’accueil, déjà confrontées à des ressources limitées. L’accès à l’eau, aux soins de santé, à l’éducation et aux moyens de subsistance devient plus difficile, tandis que les infrastructures humanitaires sont soumises à une pression croissante.
Pour de nombreuses familles, le déplacement ne constitue donc pas seulement une rupture temporaire. Il peut entraîner une perte durable des moyens d’existence et rendre plus difficile tout retour dans les zones d’origine.
26,5 millions de personnes face à la faim
À cette crise des déplacements s’ajoute l’insécurité alimentaire. Selon le PAM et la FAO, plus de 26,5 millions de personnes en RDC sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, soit près d’un Congolais sur quatre. Parmi elles, plus de 3,6 millions se trouvent dans des situations d’urgence alimentaire nécessitant une assistance immédiate.
Les provinces affectées par les conflits figurent parmi les plus durement touchées. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et le Tanganyika concentrent une part importante des besoins. Dans ces régions, les violences perturbent les marchés, limitent l’accès aux terres agricoles, détruisent les moyens de subsistance et compliquent l’acheminement de l’aide humanitaire.
La situation nutritionnelle est également préoccupante. Le PAM estime que plusieurs millions d’enfants et de femmes enceintes ou allaitantes sont exposés à la malnutrition aiguë, dans un contexte où les besoins humanitaires dépassent largement les capacités disponibles.
Face à cette situation, les processus diplomatiques engagés à travers les cadres de Washington et de Doha prennent une dimension qui dépasse les seuls enjeux sécuritaires. La mise en œuvre des engagements négociés doit permettre de réduire les violences, de faciliter l’accès humanitaire et, à terme, de créer les conditions nécessaires au retour volontaire et durable des populations déplacées.
Le désarmement et la neutralisation des groupes armés, notamment le processus engagé concernant les FDLR, constituent à cet égard des éléments importants. Les mécanismes de vérification doivent permettre de transformer les engagements politiques en mesures concrètes sur le terrain.
Le Conseil de sécurité des Nations unies insiste également sur la nécessité d’une mise en œuvre effective des engagements sécuritaires, notamment ceux concernant la cessation des hostilités, le retrait des forces rwandaises et la fin du soutien aux groupes armés.
L’urgence de passer des engagements aux résultats
Pour les populations déplacées et celles confrontées à la faim, les négociations internationales ne peuvent être dissociées de leurs conséquences concrètes. Chaque avancée en matière de sécurité peut contribuer à rouvrir des routes, restaurer les marchés, permettre la reprise des activités agricoles et faciliter le retour de l’aide humanitaire.
La crise congolaise demeure ainsi à la fois sécuritaire, politique et humanitaire. Avec plusieurs millions de personnes déplacées et 26,5 millions confrontées à l’insécurité alimentaire aiguë, l’enjeu des prochains mois sera de transformer les engagements pris à Washington, à Doha et dans les enceintes multilatérales en améliorations perceptibles dans la vie quotidienne des populations.
La paix ne se mesurera donc pas uniquement au contenu des accords signés, mais aussi à la capacité de ces engagements à faire reculer les déplacements, restaurer les moyens de subsistance et permettre aux populations de retrouver durablement leurs foyers.





























