La riposte contre Ebola se poursuit dans la province du Nord-Kivu, où les autorités ont annoncé un renforcement des restrictions visant à limiter la transmission du virus. Les mesures comprennent notamment la suspension des activités sportives de masse, des concerts, des karaokés, des défilés, des manifestations politiques et de certaines activités de loisirs. Des limitations du nombre de passagers dans les transports en commun ont également été annoncées.
Ces décisions interviennent dans un contexte sanitaire particulièrement difficile pour la RDC. Selon les données publiées par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, le Nord-Kivu comptait, au 15 octobre, 1 991 cas confirmés et 1 133 décès liés à l’épidémie. À l’échelle nationale, le bilan atteignait 9 277 cas confirmés et 4 478 décès, sur la base des données disponibles jusqu’au 14 octobre.
Le seuil de 1 100 décès évoqué dans les rapports récents pour le Nord-Kivu est donc cohérent avec les chiffres sanitaires disponibles. Ces données soulignent l’ampleur du défi auquel sont confrontés les services de santé, dans une province où l’insécurité, les déplacements de population et les difficultés d’accès à certaines zones compliquent les opérations de surveillance et de prise en charge.
Au-delà des restrictions administratives, l’efficacité de la riposte dépendra également de l’adhésion des communautés, du respect des mesures de prévention et de la capacité des équipes sanitaires à identifier rapidement les personnes infectées et leurs contacts.
L’ACAJ demande un audit des 50 millions de dollars
Parallèlement à l’urgence sanitaire, la gestion des ressources consacrées à la lutte contre Ebola suscite des interrogations. Dans un communiqué publié le 17 octobre à Kinshasa, l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), dirigée par Me Georges Kapiamba, a saisi l’Inspection générale des finances (IGF) pour demander un audit de l’affectation des 50 millions de dollars versés par le gouvernement congolais au ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale.
L’organisation affirme s’appuyer sur des informations faisant état d’une utilisation opaque des fonds mobilisés pour la riposte. Elle demande à l’IGF de vérifier l’affectation de cette enveloppe publique et de transmettre les conclusions de ses investigations à l’autorité judiciaire compétente.
L’ACAJ distingue cette contribution de l’État des financements internationaux destinés aux partenaires chargés de mettre en œuvre les activités de riposte. Son communiqué mentionne également une enveloppe de 700 millions de dollars provenant des bailleurs de fonds, mais sa demande d’audit porte spécifiquement sur les 50 millions de dollars versés au ministère de la Santé.
À ce stade, la demande de l’association ne constitue pas une preuve de détournement ou d’irrégularité. C’est précisément l’audit sollicité qui doit permettre d’établir comment les fonds concernés ont été affectés et utilisés, et de déterminer si des responsabilités doivent être engagées.
Santé publique et redevabilité : deux impératifs
La situation met en évidence un double impératif pour les autorités congolaises : contenir l’épidémie et garantir la transparence dans l’utilisation des ressources mobilisées. Les restrictions peuvent contribuer à réduire les occasions de transmission, mais elles doivent s’accompagner d’une communication claire, d’un suivi sanitaire efficace et d’un soutien aux populations affectées.
Dans le même temps, la traçabilité des financements est essentielle pour maintenir la confiance du public et des partenaires. Un audit rigoureux permettrait de répondre aux préoccupations soulevées par l’ACAJ sur la contribution de l’État, tout en distinguant les responsabilités des différentes structures impliquées dans la riposte.
Alors que le Nord-Kivu continue d’enregistrer un lourd bilan humain, la lutte contre Ebola ne se joue donc pas uniquement dans les centres de traitement et les dispositifs de prévention. Elle repose aussi sur la capacité des institutions à rendre compte de l’utilisation des moyens engagés. La priorité demeure la protection des populations, avec une exigence parallèle de transparence et de redevabilité dans la gestion des fonds publics.






























