Le dialogue national voulu par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo entre dans une phase de réglages politiques. À Lubumbashi, une délégation de la Présidence conduite par le directeur de cabinet du chef de l’État, Anthony Nkinzo Kamole, a rencontré samedi 3 octobre Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Cette rencontre constitue une nouvelle étape dans les consultations engagées autour du projet de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». La CENCO a réaffirmé son ouverture à cette initiative, tout en soulignant la nécessité d’un processus à la fois inclusif et crédible.
Les contours du dialogue restent à définir
Sur le principe, le dialogue semble désormais largement admis comme une piste de recherche d’une issue aux multiples crises qui traversent le pays. Mais la question essentielle demeure celle de son format.
Qui doit participer ? Quelle sera la place des différentes composantes politiques et sociales ? Quelle sera la méthode de facilitation ? Quel agenda sera retenu ? Autant de questions qui continuent de faire l’objet de consultations.
La Présidence présente le dialogue comme un processus devant s’attaquer aux causes structurelles de l’instabilité congolaise et aboutir à un Pacte national consacré à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État. Les organes préparatoires commencent progressivement à être mis en place.
Mais pour la CENCO, l’adhésion au principe du dialogue ne saurait être dissociée des garanties entourant son organisation.
La question de l’inclusivité au cœur des discussions
C’est précisément sur ce terrain que les positions restent encore éloignées.
La CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC) défendent depuis plusieurs mois une approche fondée sur une participation suffisamment large des forces politiques et sociales. Cette exigence vise notamment à donner au processus une légitimité dépassant les seuls acteurs institutionnels.
De son côté, le pouvoir entend préserver certaines lignes rouges dans la définition du cadre politique du dialogue. Ces divergences portent notamment sur la participation de certains acteurs liés à la crise sécuritaire dans l’Est, ainsi que sur les modalités de facilitation du processus.
La difficulté consiste donc à trouver un point d’équilibre entre la volonté présidentielle d’encadrer le processus et les exigences de ceux qui souhaitent une concertation plus largement ouverte.
La CENCO, une interlocutrice incontournable
Dans cette recherche de compromis, la CENCO occupe une position particulière. Son implantation nationale et son expérience dans plusieurs épisodes de médiation politique en RDC en font un interlocuteur important pour les autorités comme pour une partie de la classe politique.
La rencontre de Lubumbashi entre Mgr Fulgence Muteba et les émissaires de la Présidence traduit ainsi la volonté de maintenir un canal de discussion direct.
Il ne s’agit cependant pas encore d’un accord sur le format définitif du dialogue. Les consultations doivent se poursuivre afin de rapprocher les positions et de déterminer les modalités concrètes du processus.
Le défi de la crédibilité
Au-delà de la composition des assises, c’est la crédibilité du dialogue qui constituera l’un des principaux enjeux.
Dans un pays marqué par plusieurs expériences de négociations politiques, les acteurs veulent éviter que les futures assises soient perçues comme un simple prolongement des rapports de force existants. La CENCO insiste donc sur la nécessité d’un cadre suffisamment inclusif pour que les décisions qui en sortiront puissent être largement acceptées.
La situation sécuritaire dans l’Est donne par ailleurs à cette démarche une dimension particulière. La persistance des affrontements et des déplacements de populations accroît la pression en faveur d’une réponse politique à la crise nationale.
Pour l’heure, aucune formule définitive ne semble arrêtée. Le pouvoir poursuit ses consultations, tandis que la CENCO maintient son ouverture tout en défendant ses critères d’inclusivité et de crédibilité.
À Lubumbashi, les deux parties ont donc continué à rapprocher leurs positions. Le prochain enjeu sera de transformer cette ouverture de principe en un compromis concret sur la composition, la facilitation, l’agenda et les objectifs du futur dialogue national.





























