L’Afrique progresse dans ses échanges commerciaux internes, mais reste confrontée à un défi structurel : transformer cette croissance en une véritable intégration de ses économies. En 2024, le commerce intra-africain a atteint environ 220 milliards de dollars, soit une hausse de 12,4 %, après une contraction de 5,9 % en 2023. Malgré cette évolution, les échanges entre pays africains ne représentent que 14,4 % du commerce total du continent, selon les données d’Afreximbank relayées lors de l’Alamein Africa Forum, organisé en Égypte du 2 au 4 octobre 2026.
Pour Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, cette progression révèle un potentiel économique encore largement inexploité. L’enjeu consiste désormais à faciliter la circulation des marchandises, des services et des investissements, tout en transformant les engagements politiques en résultats concrets.
Lever les obstacles pour construire un marché africain intégré
Les coûts logistiques élevés, l’insuffisance des infrastructures, les procédures douanières complexes et les différences de normes continuent de freiner les échanges. Les difficultés d’accès au financement et la faible connectivité entre certains marchés aggravent ces contraintes.
Pour accélérer l’intégration, les États doivent simplifier les formalités aux frontières, harmoniser les réglementations et moderniser les réseaux de transport. Le développement de systèmes de paiement transfrontaliers peut également faciliter les transactions entre entreprises africaines.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue un instrument essentiel de cette ambition. Elle vise à réduire progressivement les barrières commerciales, à élargir les débouchés des entreprises et à favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales. Toutefois, son efficacité dépend de sa mise en œuvre effective dans les économies nationales.
L’objectif est de permettre aux producteurs africains d’accéder plus facilement aux marchés voisins et de développer des échanges fondés davantage sur la transformation locale que sur l’exportation de matières premières.
Les partenariats public-privé pour financer la croissance
Le renforcement des partenariats public-privé figure parmi les pistes mises en avant pour accélérer cette dynamique. Les pouvoirs publics ne peuvent, à eux seuls, financer tous les investissements nécessaires dans les infrastructures, l’énergie, les transports et les technologies.
La mobilisation des entreprises et des investisseurs peut contribuer à combler une partie de ces besoins, à condition de disposer de règles transparentes, d’un environnement réglementaire prévisible et de mécanismes de financement adaptés. Les projets doivent également présenter des retombées économiques mesurables, notamment en matière d’emploi, de production et de développement industriel.
L’agriculture, les mines, les transports et les énergies renouvelables offrent des possibilités importantes pour développer des chaînes de valeur africaines. En transformant davantage leurs ressources sur place, les pays du continent pourraient accroître la valeur ajoutée de leurs exportations et renforcer leurs échanges régionaux.
La priorité est donc de faire émerger des projets financés et réalisables, plutôt que de multiplier les annonces sans calendrier d’exécution ni mécanisme de suivi.
La RDC face au défi de la connectivité régionale
Pour la République démocratique du Congo, l’intégration commerciale représente un enjeu économique majeur. Sa position géographique, ses ressources naturelles et ses liens avec plusieurs marchés régionaux lui offrent des possibilités de développement, à condition d’améliorer les infrastructures, la production locale et la fluidité des échanges transfrontaliers.
Le corridor de Lobito illustre cette perspective. En reliant les régions minières du sud de la RDC aux infrastructures portuaires angolaises, il peut améliorer les conditions de transport et faciliter l’accès aux marchés internationaux. Ses retombées dépendront toutefois de la qualité des connexions, des investissements réalisés et de la capacité à développer des activités de transformation en RDC.
Pour Kinshasa, l’enjeu est de tirer parti de ces infrastructures afin de stimuler l’économie nationale, de créer des emplois et de renforcer la participation des entreprises congolaises aux chaînes de valeur régionales.
La progression du commerce intra-africain constitue un signal encourageant, mais le chemin reste long. L’Afrique doit désormais convertir la hausse des échanges en une intégration économique durable, créatrice d’emplois et de valeur ajoutée locale. La réussite dépendra de la capacité des États et du secteur privé à lever les obstacles, financer les infrastructures et appliquer concrètement les engagements pris.





























