Sydney — La paix ne se résume pas à l’absence de guerre. Elle dépend aussi de la qualité des institutions, de l’accès à l’information, de la confiance entre citoyens et gouvernants, de l’égalité des chances et de la capacité d’une société à absorber les crises. C’est sur cette conception que repose le Positive Peace Index (PPI) de l’Institute for Economics & Peace (IEP).
Son édition 2026 fait apparaître une évolution contrastée au cours de la dernière décennie. La Paix Positive s’est améliorée globalement, mais les progrès restent très inégaux selon les dimensions étudiées.
Des progrès dans la connectivité, la santé et l’égalité
Parmi les évolutions les plus importantes figure la progression de la connectivité, de 37,1 %, qui traduit notamment l’élargissement des possibilités d’accès aux réseaux et à l’information.
L’espérance de vie ajustée en fonction des inégalités a également progressé de 9,3 %, tandis que l’indicateur relatif aux inégalités de genre s’est amélioré de 8 %. Ces évolutions correspondent à plusieurs des dimensions structurelles de la Paix Positive : développement humain, distribution plus équitable des ressources et inclusion.
L’IEP souligne plus largement que les sociétés disposant de niveaux élevés de Paix Positive présentent davantage de résilience et de meilleures conditions économiques et sociales. L’approche cherche donc à identifier les capacités qui permettent aux sociétés de prévenir les crises, de s’adapter aux chocs et de se reconstruire.
Mais ces avancées ne doivent pas masquer une autre tendance.
La liberté de la presse et l’ouverture des gouvernements reculent
La liberté de la presse a enregistré une détérioration de 22,1 % au cours de la décennie, soit l’une des baisses les plus importantes parmi les composantes examinées. L’ouverture des gouvernements a également diminué de 6,2 %.
Pour l’IEP, ces évolutions posent des questions sur la circulation de l’information, la transparence, la responsabilité publique et la confiance dans les institutions. Le pilier consacré au fonctionnement des gouvernements évalue notamment leur efficacité, leur transparence et leur intégrité.
Cette contradiction est essentielle pour comprendre les conflits contemporains. Une société peut améliorer ses infrastructures, sa santé ou sa connectivité tout en fragilisant certains mécanismes institutionnels indispensables à la prévention des tensions.
Pour la République démocratique du Congo, cette lecture de la paix revêt une importance particulière. Après plusieurs décennies de conflits armés, la consolidation de la paix ne peut être réduite au seul arrêt des combats. Elle implique également le renforcement des institutions, la confiance citoyenne, l’accès à une information fiable, l’égalité entre les citoyens et la capacité de l’État à répondre aux besoins de la population.
La connectivité peut faciliter l’accès à l’information, mais elle ne garantit pas à elle seule la qualité de cette information. De même, l’amélioration des indicateurs sociaux ne suffit pas si la gouvernance, la transparence et la confiance publique se détériorent.
Le rapport de l’IEP rappelle ainsi une réalité fondamentale : la paix durable se construit avant, pendant et après les conflits. Elle repose sur des institutions capables de fonctionner, des sociétés capables de dialoguer et des citoyens capables de faire confiance aux mécanismes publics.
Pour les pays fragilisés par les conflits, dont la RDC, l’enjeu n’est donc pas uniquement de faire taire les armes. Il est de construire les conditions politiques, sociales, économiques et institutionnelles qui rendent la reprise de la violence moins probable.
La Paix Positive apparaît dès lors comme un complément essentiel aux politiques de désarmement, de prévention des conflits et de sécurité : la paix ne consiste pas seulement à empêcher la guerre, mais à construire les sociétés capables de la prévenir.





























