Kinshasa — Quatre mois après sa déclaration officielle, l’épidémie d’Ebola à virus Bundibugyo a changé d’échelle en République démocratique du Congo. Déclarée le 15 mai 2026 après la confirmation de cas dans les zones de Rwampara et de Mongbwalu, en Ituri, elle est devenue la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée dans le pays.
Au 20 septembre, l’Organisation mondiale de la santé recensait 7 733 cas confirmés et 3 732 décès, dans 63 zones de santé réparties sur sept provinces. Le bilan communiqué par les autorités au cours des jours suivants faisait état de chiffres légèrement supérieurs. Cette évolution rapide explique les écarts entre les différents bilans publiés selon leur date de clôture.
L’Ituri reste le principal foyer de transmission, mais sa part dans le total national diminue progressivement. L’OMS observe parallèlement une dynamique différente au Nord-Kivu, où la transmission a fortement augmenté avant de montrer des signes de recul dans les données les plus récentes. L’épidémie demeure donc géographiquement hétérogène : certaines zones ralentissent tandis que d’autres continuent d’enregistrer de nouveaux cas.
Le Nord-Kivu devient un nouveau point de tension
La progression vers le Nord-Kivu constitue l’un des principaux défis de la riposte. Au 7 septembre, cette province comptait déjà 1 066 cas confirmés, dont 453 enregistrés au cours des 21 jours précédents. L’OMS relevait alors une létalité particulièrement élevée dans la province et soulignait les difficultés liées à l’insécurité, aux déplacements de population et à l’accès aux soins.
La situation est d’autant plus complexe que l’épidémie continue de gagner de nouveaux territoires. Le Sud-Ubangi est devenu en septembre la septième province touchée, tandis que la zone de santé de Dungu, dans le Haut-Uélé, a ensuite été affectée à son tour. Pour l’OMS, cette extension géographique accroît le risque de propagation vers les frontières internationales.
Cette dispersion oblige les autorités sanitaires et leurs partenaires à multiplier les opérations de surveillance, de recherche des contacts, de diagnostic et de prise en charge. Elle intervient dans un environnement déjà marqué par les conflits armés et les déplacements massifs de population, notamment dans l’Est du pays.
Vaccins, traitements et ressources humaines sous pression
La riposte s’appuie également sur la recherche médicale. Un essai clinique consacré aux traitements contre le Bundibugyo, le PARTNERS, a commencé à recruter des patients en juillet et fonctionne dans plusieurs structures de prise en charge en Ituri.
Pour la vaccination, la situation reste plus incertaine. Ervebo, vaccin homologué contre l’espèce Zaïre du virus Ebola, est actuellement utilisé chez des personnels de santé et des travailleurs de première ligne dans le cadre de protocoles de recherche. L’OMS souligne toutefois que son efficacité contre le virus Bundibugyo chez l’être humain demeure inconnue et ne recommande pas son utilisation programmatique en dehors d’un protocole de recherche.
La difficulté est aussi opérationnelle. Alors que de nouveaux centres de traitement sont installés, l’OMS alerte sur le manque de personnels nécessaires pour les faire fonctionner. La capacité de la RDC à contenir l’épidémie dépend donc autant de l’ouverture de nouvelles infrastructures que de la disponibilité de médecins, infirmiers, hygiénistes, anesthésistes et autres personnels spécialisés.
La crise sanitaire pèse enfin sur la diplomatie congolaise. Alors que les dirigeants du monde se réunissent à New York pour la 81e Assemblée générale de l’ONU, la réponse à Ebola occupe une place importante dans les discussions internationales. L’enjeu pour Kinshasa est désormais de maintenir la mobilisation financière et opérationnelle alors même que la dynamique de l’épidémie reste différente d’une province à l’autre.
Quatre mois après son déclenchement, le virus Bundibugyo impose ainsi à la RDC une riposte sur plusieurs fronts : soigner, surveiller, vacciner dans le cadre de la recherche, renforcer les équipes et empêcher l’extension géographique de la transmission.





























