L’Afrique demeure confrontée à une crise majeure des déplacements forcés. Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, 44,8 millions de personnes étaient déplacées de force à la mi-2026, soit environ 3 % de la population du continent. Le chiffre comprend les personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, les réfugiés et les demandeurs d’asile.
La légère diminution observée par rapport à 2025 ne traduit pas pour autant une amélioration générale de la situation. Elle s’explique notamment par le retour d’environ 1,5 million de Soudanais, alors même que le conflit se poursuit dans leur pays. Le niveau actuel reste surtout plus de deux fois supérieur à celui enregistré en 2017, lorsque l’Afrique comptait environ 19,9 millions de personnes déplacées de force.
Sept pays concentrent l’essentiel de la crise
La concentration géographique du phénomène est particulièrement frappante. Le Soudan, la RDC, la Somalie, le Nigeria, le Burkina Faso, le Soudan du Sud et l’Éthiopie représentent environ 85 % des déplacements forcés enregistrés sur le continent. Tous sont confrontés à des conflits ou à des situations sécuritaires prolongées.
Le Soudan constitue le principal foyer avec près de 12,9 millions de personnes déplacées de force, devant la RDC avec environ 6,5 millions et la Somalie avec plus de 4,4 millions. Le phénomène touche également fortement le Nigeria, le Burkina Faso, le Soudan du Sud et l’Éthiopie.
Cette concentration montre que le déplacement forcé n’est pas un phénomène indépendant : il constitue avant tout le symptôme de conflits qui ne trouvent pas de solution durable.
La RDC, illustration des déplacements répétés
La situation congolaise illustre particulièrement cette dynamique. Selon les données analysées par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, la RDC a enregistré 9,7 millions de nouveaux déplacements liés aux conflits au cours de la dernière année, notamment dans le contexte de l’expansion de l’AFC/M23 dans l’Est.
Même lorsque certaines populations retournent dans leurs localités, le retour ne signifie pas nécessairement un retour à la normale. Des habitants retrouvent parfois des maisons détruites, des infrastructures endommagées, des services publics affaiblis et une insécurité persistante.
La RDC connaît par ailleurs plus d’un million de déplacements intra-annuels depuis neuf années consécutives. Cette répétition révèle une crise structurelle : les populations se déplacent, reviennent parfois, puis sont contraintes de fuir à nouveau lorsque les violences reprennent.
Des conflits qui s’exportent
L’autre caractéristique de la crise est sa dimension régionale. Les personnes qui franchissent les frontières trouvent souvent refuge dans des pays eux-mêmes confrontés à l’instabilité.
Près de 90 % des réfugiés africains sont accueillis dans un autre pays africain, ce qui fait de la crise des déplacements un enjeu régional autant qu’humanitaire.
Le Soudan en fournit une illustration : ses conflits alimentent des mouvements vers plusieurs pays voisins, eux-mêmes soumis à des contraintes économiques, sociales et sécuritaires importantes.
Une crise qui dépasse l’urgence humanitaire
La persistance des déplacements entraîne des conséquences qui dépassent largement la seule question de l’hébergement. Les populations déplacées perdent leurs logements, leurs terres, leurs emplois et leurs moyens de subsistance. Les communautés d’accueil doivent, elles aussi, supporter une pression supplémentaire sur les services de santé, l’éducation, l’alimentation et l’accès à l’eau.
À mesure que les déplacements se prolongent, le risque d’une normalisation de l’exil augmente. Le HCR estime d’ailleurs que les réfugiés en Afrique orientale et australe restent en exil pendant une durée médiane proche de seize ans.
La paix comme première politique de déplacement
Les chiffres démontrent finalement que l’aide humanitaire, aussi indispensable soit-elle, ne peut constituer une réponse suffisante. Tant que les conflits persistent, les populations continueront de se déplacer.
La priorité doit donc être double : répondre immédiatement aux besoins des personnes déplacées et s’attaquer aux causes sécuritaires et politiques qui provoquent leur fuite.
En Afrique, la question des déplacements forcés est devenue indissociable de celle de la paix. Mettre fin aux conflits, restaurer l’autorité de l’État, sécuriser les communautés et permettre le retour dans des conditions dignes constituent les conditions indispensables pour inverser durablement cette tendance.





























