La diplomatie congolaise poursuit son offensive sur le terrain multilatéral. Ce lundi 5 octobre 2026, à Kinshasa, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de la Diaspora, Thérèse Kayikwamba Wagner, a reçu le Groupe d’experts des Nations unies chargé d’appuyer le Comité des sanctions du Conseil de sécurité concernant la République démocratique du Congo.
Au cœur des échanges : le mandat du Groupe d’experts, le suivi de la mise en œuvre du régime de sanctions et les travaux d’enquête et de documentation consacrés à la situation sécuritaire dans l’Est du pays.
La rencontre intervient dans un contexte où le Conseil de sécurité accorde une attention particulière aux réseaux qui soutiennent les groupes armés et aux circuits susceptibles de contribuer à la poursuite des violences. En juin dernier, le Conseil avait prorogé jusqu’au 1er juillet 2027 le régime de sanctions applicable à la RDC ainsi que le mandat du Groupe d’experts chargé d’en accompagner la mise en œuvre.
Une diplomatie tournée vers la documentation et la redevabilité
Pour Kinshasa, le travail du Groupe d’experts constitue un instrument important dans l’établissement des faits et l’identification des mécanismes qui entretiennent les conflits.
Les discussions avec la ministre d’État ont notamment porté sur le suivi des recommandations contenues dans les différents rapports des Nations unies. Une attention particulière a été accordée aux groupes armés, à leurs réseaux de soutien et de financement, ainsi qu’aux dynamiques régionales susceptibles d’alimenter l’instabilité.
Cette démarche rejoint l’une des orientations constantes de la diplomatie congolaise : faire davantage du dossier sécuritaire de l’Est une question de responsabilité internationale, en mettant l’accent non seulement sur les acteurs armés présents sur le terrain, mais également sur les réseaux et mécanismes qui permettent à ces groupes de maintenir leurs capacités.
La stratégie de Thérèse Kayikwamba Wagner s’appuie ainsi sur une diplomatie de documentation, de plaidoyer et de mobilisation des instruments multilatéraux.
Relier sanctions, processus de paix et désarmement
Cette approche se retrouve également dans les démarches récentes de Kinshasa auprès du Conseil de sécurité.
La ministre d’État a notamment saisi officiellement les Nations unies au sujet du processus de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des FDLR, demandant que les avancées enregistrées par la RDC puissent bénéficier d’un accompagnement international renforcé. Le Conseil de sécurité a pris note de cette démarche et appelé à une mise en œuvre rapide du protocole afin de parvenir à une neutralisation effective des FDLR.
Cette articulation entre sanctions, désarmement, vérification et processus de paix constitue un axe important de la diplomatie congolaise actuelle.
L’objectif est de faire en sorte que les mécanismes internationaux ne restent pas uniquement des instruments de constatation, mais puissent également contribuer à la prévention, à la pression diplomatique et à la mise en œuvre des engagements pris dans les différents processus de paix.
Une ministre sur plusieurs fronts diplomatiques
Depuis son entrée en fonction, Thérèse Kayikwamba Wagner met également l’accent sur le lien entre sécurité, gouvernance des ressources naturelles et stabilité régionale.
En juillet, devant les Nations unies, elle avait plaidé pour une gouvernance plus équitable et durable des minerais critiques, soulignant les risques liés à l’exploitation illicite des ressources naturelles, au financement des groupes armés et à la contrebande. Elle avait également défendu une approche favorisant la transformation locale, les infrastructures, le transfert de technologies et l’industrialisation des pays producteurs.
Cette vision élargit le champ de la diplomatie congolaise : la sécurité de la RDC ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire, mais également dans la gouvernance des ressources, les chaînes d’approvisionnement, les mécanismes de sanctions et les partenariats internationaux.
Faire du multilatéralisme un levier pour la paix
La rencontre de Kinshasa avec le Groupe d’experts s’inscrit donc dans une stratégie plus large visant à maintenir la question congolaise au centre des mécanismes internationaux de paix et de sécurité.
Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, l’enjeu consiste à renforcer la coopération avec les Nations unies, à documenter les dynamiques du conflit et à soutenir les mécanismes permettant d’identifier les responsables, les réseaux de financement et les facteurs qui prolongent l’instabilité.
Dans cette perspective, le dialogue avec le Groupe d’experts apparaît comme un instrument de travail autant que comme un outil diplomatique : mieux documenter pour mieux alerter, mieux sanctionner et, à terme, mieux soutenir les efforts de paix.
Une orientation qui traduit la volonté de Kinshasa de faire du multilatéralisme un levier concret au service de la sécurité, de la souveraineté et de la paix en République démocratique du Congo.





























