AFRIQUE — L’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement comme un levier majeur de transformation économique, sociale et scientifique. Pour l’Afrique, l’enjeu ne consiste toutefois pas uniquement à adopter les technologies développées ailleurs, mais à concevoir des outils capables de répondre aux réalités et aux priorités propres au continent.
C’est la conviction défendue par Girmaw A. Tadesse, membre d’un groupe scientifique international soutenu par les Nations unies. Selon lui, l’Afrique doit renforcer ses capacités afin de participer pleinement à la conception des technologies qui façonneront son avenir.
Concevoir l’IA à partir des réalités africaines
Les applications de l’intelligence artificielle peuvent concerner de nombreux secteurs stratégiques pour les pays africains : agriculture, santé, éducation, climat, infrastructures, services publics ou encore finance.
Mais leur pertinence dépend largement de la capacité à disposer de données représentatives des populations et des contextes locaux.
Les langues africaines constituent notamment un enjeu important. Une grande partie des outils numériques et des modèles d’IA reste davantage adaptée aux langues disposant de vastes corpus numériques.
Développer des technologies capables de mieux comprendre les langues, les cultures et les réalités sociales africaines apparaît dès lors comme une condition importante pour réduire les fractures numériques et permettre une utilisation plus inclusive de l’IA.
Renforcer la coopération entre États, chercheurs et entreprises
Pour Girmaw A. Tadesse, cette transformation ne pourra pas reposer sur un seul acteur.
Elle nécessite une coopération accrue entre les États, les chercheurs, les entreprises et les jeunes talents africains.
Les gouvernements ont notamment un rôle à jouer dans la création d’un environnement favorable à la recherche, à l’innovation et à l’investissement technologique. Les universités et centres de recherche doivent, de leur côté, renforcer la production de connaissances et la formation de spécialistes.
Les entreprises peuvent contribuer à transformer ces connaissances en solutions concrètes, tandis que la jeunesse africaine représente un réservoir important de compétences et d’innovations.
Cette coopération pourrait également permettre aux pays africains de mutualiser certaines infrastructures coûteuses, notamment dans les domaines du calcul informatique, des données et de la recherche.
Passer du statut d’utilisateur à celui de créateur
L’un des principaux enjeux pour le continent consiste finalement à ne pas rester uniquement un marché pour les technologies développées ailleurs.
L’Afrique dispose d’un potentiel considérable en matière de talents, de créativité et d’innovation. Mais pour le convertir en avantage technologique, elle devra investir davantage dans l’éducation scientifique, les compétences numériques, les infrastructures et la recherche.
L’IA pourrait ainsi devenir un outil permettant de répondre à certaines problématiques spécifiquement africaines : améliorer les rendements agricoles, anticiper certaines crises climatiques, faciliter l’accès aux soins, renforcer les services publics ou encore développer de nouvelles activités économiques.
Cette ambition suppose toutefois que les politiques publiques accordent une place plus importante à la recherche et au développement technologique.
Pour Girmaw A. Tadesse, le véritable enjeu est donc de permettre à l’Afrique de participer à la définition des technologies de demain plutôt que de simplement les consommer.
Dans cette perspective, la coopération entre États, scientifiques, entreprises et jeunesse apparaît comme l’un des leviers permettant au continent de construire une intelligence artificielle davantage alignée sur ses besoins, ses langues et ses réalités.




























