GENÈVE — 30 septembre 2026. C’est dans le cadre de la 63ᵉ session du Conseil des droits de l’homme que la République démocratique du Congo a accueilli un side event de haut niveau consacré à l’Alliance internationale pour la prévention des violences sexuelles liées aux conflits (PSVI). Organisée sous le thème « De l’engagement à l’action », la rencontre intervient alors que la RDC assure, aux côtés de l’Ukraine, la co-présidence de l’Alliance pour l’année 2026.
Prenant la parole au nom du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le ministre des Droits humains, S.E. Samuel Mbemba Kabuya, a présenté les fondements, les objectifs et les priorités que la RDC entend imprimer à cette responsabilité internationale. Le ministre a notamment rappelé que le chef de l’État avait « pris personnellement, à Londres, l’initiative de l’adhésion » de la RDC à l’Alliance.
Une Alliance née d’une conviction : les violences sexuelles ne sont pas une fatalité
Dans son intervention, Samuel Mbemba Kabuya a d’abord rappelé l’histoire du PSVI. Lancée en 2012 par le Royaume-Uni, à l’initiative de Lord William Hague et de Madame Angelina Jolie, alors Envoyée spéciale du HCR, l’Alliance repose sur une conviction que le ministre résume en ces termes : les violences sexuelles en temps de conflit ne sont pas une fatalité, ce sont des crimes ». Des crimes qui doivent, selon lui, être « prévenus, documentés et punis ».
Le ministre a également rappelé le tournant constitué par le Sommet mondial de Londres de 2014, marqué par l’adoption du Protocole international de documentation et d’enquête. Aujourd’hui, le PSVI réunit des États, des organisations internationales, la société civile et surtout les réseaux de survivantes. Pour la RDC, il constitue une « plateforme de coordination, de solidarité et d’action ».
Cette implication congolaise est également portée au plus haut niveau par la Première Dame. Denise Nyakeru Tshisekedi, en sa qualité de Championne Globale de la prévention des violences sexuelles liées aux conflits, « suit et appuie les activités du PSVI depuis notre adhésion à ce jour », souligne le ministre.
Femmes survivantes et enfants : placer les victimes au cœur de l’action
L’engagement de la RDC prend une dimension particulière au regard de son propre contexte. « Mon pays connaît, hélas, le prix macabre de ces violences », a déclaré S.E. Samuel Mbemba Kabuya, avant d’évoquer, dans son discours, les violences sexuelles liées au conflit dans l’Est du pays et d’en attribuer la responsabilité à des acteurs qu’il nomme explicitement. Ces éléments relèvent de la position exprimée par le ministre dans son intervention devant les participants au side event.
Pour Kinshasa, cette expérience de victime donne une portée particulière à son engagement au sein du PSVI. L’objectif affiché est de donner une voix aux survivantes et de faire de leur protection une priorité internationale.
Le ministre insiste également sur une catégorie souvent moins visible : les enfants nés de viols liés aux conflits. « Ces enfants sont innocents. Ils ne sauraient être tenus responsables des crimes commis contre leur mère », affirme-t-il. Pourtant, ils peuvent être confrontés à la stigmatisation, au rejet, à l’exclusion et même à l’apatridie.
La présidence congolaise veut ainsi « placer ces enfants au cœur de l’action internationale ». Pour Samuel Mbemba Kabuya, ils « ne sont pas une conséquence collatérale, ils sont des titulaires de droits, des victimes qui ont besoin de protection, d’identité, de justice et de dignité ».
De l’engagement à l’action : trois priorités pour la présidence congolaise
La marque que la RDC entend imprimer à l’Alliance tient dans un leitmotiv : « De l’engagement à l’action ». Le ministre estime que les déclarations doivent désormais céder la place à des mécanismes opérationnels.
Première priorité : renforcer l’Alliance elle-même, avec la création proposée d’un Secrétariat global permanent de la PSVI, destiné à garantir la mémoire institutionnelle, le suivi des engagements, la coordination, la continuité et la redevabilité.
Deuxième priorité : lutter contre l’impunité, à travers le renforcement des lois, la formation des magistrats, des policiers et des militaires, ainsi que l’utilisation systématique du Protocole international afin que les preuves recueillies puissent être utilisées devant les tribunaux.
Troisième priorité : protéger concrètement. Le ministre cite notamment l’enregistrement des naissances sans discrimination, l’accès à la nationalité par la mère, l’accès à la justice, aux réparations, aux soins psychosociaux et à l’éducation, dans le respect de la confidentialité et de la vie privée des survivantes et des enfants. « La prévention ne sera complète que si elle protège à la fois la mère et l’enfant », affirme-t-il.
La RDC appelle les États à rejoindre l’Alliance
À deux mois de la fin de son mandat de co-présidence, la RDC veut éviter que cette responsabilité demeure symbolique. « Nous ne voulons pas que cette présidence reste symbolique. Nous voulons qu’elle laisse une trace », déclare le ministre Samuel Mbemba Kabuya.
Son intervention s’achève ainsi par un appel direct à la communauté internationale : « Tous les États non membres » sont invités à rejoindre l’Alliance ; les membres sont appelés à désigner « un point focal national » et à adopter « des engagements mesurables » ; enfin, les partenaires sont sollicités pour soutenir la création du Secrétariat global et financer les programmes de réintégration.
À Genève, le ministre des Droits humains présente ainsi l’engagement congolais comme celui d’un pays directement confronté aux violences sexuelles liées aux conflits depuis plus de deux décennies, mais qui entend transformer cette expérience en action internationale structurée. De l’adhésion initiée à Londres par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo au soutien de la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi, jusqu’à la feuille de route portée par Samuel Mbemba Kabuya, la RDC cherche à inscrire sa co-présidence du PSVI dans une logique de résultats : prévention, documentation, justice, protection et réintégration.
« Ensemble, transformons l’engagement en action », conclut le ministre.





























