GENÈVE — Au-delà du cadre diplomatique du Conseil des droits de l’homme, le side event consacré le 29 septembre 2026 au Projet d’Appui au Bien-être Alternatif des Enfants et Jeunes impliqués dans la chaîne d’approvisionnement du cobalt (PABEA-COBALT) aura surtout été une vitrine de la politique sociale que la République démocratique du Congo entend désormais opposer au travail des enfants dans les zones minières.
Au nom de S.E. Ève Bazaiba Masudi, ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, son Directeur de Cabinet Adjoint, Héritier Mpiana Pierre, a porté le message du gouvernement congolais devant les partenaires internationaux réunis à Genève.
Son intervention donne une orientation claire à la séquence : la réponse au travail des enfants ne peut pas être uniquement minière, policière ou normative. Elle doit être sociale, éducative et économique.
Héritier Mpiana Pierre : « retirer un enfant d’une mine n’est qu’une première étape »
Le message transmis au nom de la ministre d’État repose sur un constat simple : sortir un enfant d’un site minier ne garantit pas qu’il n’y retournera pas.
C’est précisément sur cette distinction que le ministère entend fonder son approche.
Le PABEA-COBALT cherche à agir simultanément sur plusieurs facteurs : scolarisation, accompagnement psychosocial, protection de l’enfant et reconversion économique des familles. L’objectif est de réduire la dépendance des ménages à l’exploitation minière artisanale en leur donnant accès à des activités génératrices de revenus, notamment dans l’agrobusiness.
Cette orientation constitue le cœur du message porté à Genève par Héritier Mpiana Pierre : le phénomène du travail des enfants ne peut être durablement combattu si ses causes économiques demeurent intactes.
Le projet, lancé en 2019 et initialement prévu pour s’achever en 2025, a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2026. Son programme de travail prévoit notamment la consolidation des acquis, l’opérationnalisation des centres de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes en agrobusiness et une étude approfondie sur la présence des enfants dans les mines, dans la perspective d’une deuxième phase du PABEA.
Cette continuité est essentielle. Elle montre que Kinshasa ne présente pas le PABEA-COBALT comme une opération ponctuelle, mais cherche à en faire progressivement un mécanisme durable de protection sociale autour des communautés minières.
Ève Bazaiba et son ministère : transformer la protection de l’enfant en politique publique
Derrière la prise de parole de son Directeur de Cabinet Adjoint se trouve donc une ligne politique portée par Ève Bazaiba Masudi et son ministère : faire de la protection de l’enfant une composante de la gouvernance des ressources minières.
Cette approche rejoint l’architecture même du PABEA-COBALT, que le FNPSS présente comme un instrument destiné à contribuer à l’installation d’une chaîne d’approvisionnement responsable du cobalt et d’autres minerais en RDC.
Le rôle du ministère est dès lors déterminant : coordonner la dimension sociale d’un problème qui implique simultanément les secteurs minier, éducatif, économique, sanitaire et des droits humains.
Le discours prononcé à Genève insiste ainsi sur plusieurs priorités : renforcer la traçabilité, formaliser davantage le secteur minier artisanal, améliorer le contrôle des sites, garantir l’accès à l’éducation et consolider les mécanismes de protection sociale au bénéfice des ménages vulnérables.
Cette approche permet également de déplacer le débat international.
Le cobalt congolais est devenu indispensable à plusieurs chaînes industrielles liées notamment aux batteries et à la transition énergétique. Selon l’USGS, la RDC représentait environ 73 % de la production mondiale de cobalt extrait en 2025.
Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir si le cobalt congolais est stratégique pour le monde. Elle devient celle de savoir dans quelles conditions sociales ce monde accepte de consommer cette ressource stratégique.
De Genève à Kinshasa : faire du PABEA-COBALT un modèle durable
C’est là que réside la portée stratégique de la démarche congolaise.
La Mission permanente de la RDC à Genève offre le cadre multilatéral permettant au ministère des Affaires sociales de présenter son expérience devant les institutions internationales, les partenaires techniques et financiers et les organisations de défense des droits humains.
Mais le véritable enjeu se trouve à Kinshasa et dans les communautés minières : les résultats doivent pouvoir être mesurés, documentés et reproduits.
Le PABEA-COBALT dispose déjà d’une base institutionnelle importante. La Banque africaine de développement accompagne le projet et les travaux préparatoires d’une éventuelle deuxième phase sont désormais engagés.
La prochaine étape sera donc celle de la consolidation : combien d’enfants sortent durablement des mines ? Combien retournent effectivement à l’école ? Combien de familles disposent d’un revenu alternatif suffisant ? Les activités économiques créées sont-elles viables après la fin du financement extérieur ? Et surtout, les enfants protégés aujourd’hui sont-ils réellement à l’abri d’un retour dans les mines demain ?
Ces indicateurs seront déterminants pour la crédibilité internationale du modèle.
Le message porté à Genève par Héritier Mpiana Pierre au nom de la ministre d’État Ève Bazaiba Masudi prend ainsi une dimension qui dépasse le seul événement. Il inscrit le PABEA-COBALT dans une réflexion plus large sur la responsabilité sociale de la production des minerais critiques.
Pour la RDC, l’enjeu est considérable : faire en sorte que la richesse exceptionnelle du cobalt ne soit plus associée uniquement aux controverses sur les conditions de production, mais aussi à une expérience congolaise documentée de protection de l’enfant, de reconversion des familles et de construction d’une chaîne d’approvisionnement plus responsable.
Le défi est désormais de transformer cette ambition en résultats durables.
Car, comme le rappelle le message porté par le ministère à Genève, un enfant sorti de la mine et retourné à l’école constitue une avancée ; une famille devenue économiquement autonome crée, elle, les conditions d’une victoire durable.





























