Kinshasa — Une importante commande d’armes destinée à la Garde républicaine (GR) de la République démocratique du Congo est désormais au cœur d’un contentieux commercial devant la justice israélienne. Selon des documents déposés au tribunal et rapportés par la presse israélienne, le fabricant EMTAN, basé à Karmiel, réclame 4,5 millions de shekels, soit environ 1,5 million de dollars, à SYN-RG-Ai, l’entreprise qui a servi d’intermédiaire dans cette opération.
L’affaire remonte à 2023. Entre juin et novembre de cette année-là, EMTAN a expédié vers la RDC des armes et équipements destinés à la Garde présidentielle congolaise. Les documents judiciaires mentionnent notamment des fusils d’assaut, des mitrailleuses, des pistolets, ainsi que des équipements optiques et des millions de cartouches de différents calibres. Les factures indiquaient comme destinataire la présidence de la République à Kinshasa.
La valeur des fournitures mentionnée dans le dossier dépasse 1,5 million de dollars. Mais le différend ne porte pas uniquement sur cette valeur commerciale : il concerne surtout les paiements intervenus après la livraison et les conditions dans lesquelles certaines munitions ont été retournées.
Des livraisons, puis un différend sur les paiements
Selon EMTAN, SYN-RG-Ai n’aurait pas réglé l’intégralité des sommes dues. Le fabricant affirme avoir accepté un paiement différé alors que son modèle commercial repose habituellement sur un règlement préalable. Il soutient également qu’une partie de sa créance demeurait impayée après les livraisons.
La situation s’est compliquée en décembre 2024. Dans une correspondance versée au dossier judiciaire, le directeur général de SYN-RG-Ai demandait à EMTAN de reprendre une partie des munitions entreposées à Kibomango, base de la Garde républicaine en RDC, afin que leur valeur puisse être imputée sur la dette de l’intermédiaire. La logistique du retour devait être organisée entre la RDC et Israël.
SYN-RG-Ai conteste cependant la présentation faite par EMTAN. Dans sa défense, l’entreprise affirme avoir versé environ 10 millions de dollars au fabricant et soutient que celui-ci aurait fourni certains produits défectueux ou des munitions ne répondant pas aux spécifications attendues. Elle évoque également des contestations sur les prix et annonce des demandes reconventionnelles. Ces affirmations constituent les arguments de SYN-RG-Ai dans le cadre du litige et ne préjugent pas de la décision de la justice israélienne.
Un dossier commercial qui touche à la commande présidentielle
Le dossier dépasse ainsi une simple facture impayée. Il met en lumière les mécanismes d’un marché d’armement conclu pour une unité chargée de la protection des institutions congolaises, avec un fabricant israélien et un intermédiaire privé.
Les documents judiciaires cités par la presse israélienne font également apparaître une chaîne contractuelle impliquant plusieurs acteurs et des autorisations d’exportation nécessaires pour les équipements concernés.
Trois montants résument aujourd’hui le contentieux : plus de 1,5 million de dollars de fournitures mentionnées dans le projet, 4,5 millions de shekels réclamés par EMTAN devant la justice israélienne et environ 10 millions de dollars de paiements que SYN-RG-Ai affirme avoir effectués au fabricant.
La justice israélienne devra désormais déterminer la réalité des obligations financières entre les deux sociétés, ainsi que la portée des contestations relatives à la qualité, à la conformité et à la valorisation des fournitures. À ce stade, le contentieux demeure donc une affaire judiciaire entre les parties, même si son objet concerne directement un contrat d’armement destiné à la Garde républicaine de la RDC.





























