Goma — La violence armée a repris de l’intensité dans l’est de la République démocratique du Congo au mois d’août. Le dernier rapport du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST), un projet d’Ebuteli, fait état de 118 affrontements armés, contre 93 en juillet, soit une progression de 27 %. Cette hausse est principalement liée à la reprise de l’offensive de l’AFC-M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le paradoxe des chiffres est particulièrement révélateur. Alors que les affrontements augmentent, le nombre global d’incidents sécuritaires documentés par le KST diminue : 216 incidents en août contre 247 en juillet, soit une baisse de 13 %. Cette évolution montre que le volume global de la violence ne suffit pas, à lui seul, à mesurer l’intensité des opérations militaires sur le terrain.
56 affrontements attribués à l’AFC-M23
L’AFC-M23 apparaît comme le principal facteur de cette remontée des combats. Selon Ebuteli, le mouvement a été à l’origine de 56 des 118 affrontements recensés en août, contre 31 le mois précédent.
Son activisme ne s’est pas limité aux combats. Le KST indique que l’AFC-M23 a pris le contrôle de 22 nouveaux villages, principalement dans les territoires de Masisi, au Nord-Kivu, et de Kalehe, au Sud-Kivu. Au total, le mouvement a été impliqué dans 85 des 216 incidents sécuritaires documentés au cours du mois.
Cette progression territoriale intervient après plusieurs semaines au cours desquelles des affrontements avaient déjà été signalés dans ces deux provinces. À la mi-août, des combats entre l’AFC-M23 et des groupes Wazalendo avaient notamment provoqué de nouveaux déplacements de populations dans le territoire de Masisi.
Dans le Sud-Kivu, des affrontements avaient également opposé les FARDC, appuyées par des Wazalendo, à l’AFC-M23 dans le territoire de Kalehe, notamment autour de Kusisa.
60 civils tués selon le KST
Au-delà de la dynamique militaire, le rapport met en évidence le coût humain de cette intensification. Le KST attribue à l’AFC-M23 la mort de 60 civils au cours du mois d’août.
Ebuteli rapporte notamment plusieurs tueries visant des personnes accusées par les combattants d’espionner les positions de l’AFC-M23, d’appartenir à des groupes armés rivaux ou de combattre aux côtés des Wazalendo. Ces données sont celles du dispositif de documentation du KST et portent sur les incidents qu’il a pu documenter dans sa zone de couverture.
La situation a également entraîné de nouveaux déplacements. Dans plusieurs zones de Masisi et de Walikale, des familles ont fui les combats entre l’AFC-M23 et les groupes Wazalendo au cours du mois d’août.
La reprise des combats au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ne doit toutefois pas masquer une autre dynamique de violence dans l’est du pays.
En Ituri, les Forces démocratiques alliées (ADF) demeurent, selon le KST, le groupe le plus meurtrier à l’égard des civils durant le mois d’août. Le Baromètre a documenté 14 attaques attribuées aux ADF, ayant fait 72 morts et 64 enlèvements, principalement dans le territoire de Mambasa.
Le rapport relève que ces attaques se sont produites alors que les opérations conjointes Shujaa, menées par les armées congolaise et ougandaise contre les ADF, n’avaient toujours pas repris au moment de la collecte des données.
Dans le territoire de Djugu, une autre dynamique est apparue avec la reprise des affrontements entre les FARDC et la Convention pour la révolution populaire (CRP), après plusieurs mois d’accalmie. La Codeco, en revanche, est restée relativement peu active au cours du mois, selon le rapport.
Les forces régulières également mises en cause
Le Baromètre ne limite pas son analyse aux groupes armés. Il attribue également 15 décès de civils aux forces régulières en août, contre huit en juillet. Ces décès sont liés notamment aux combats et, dans certains cas, à des homicides individuels commis par des militaires, selon le rapport.
Cette donnée souligne l’approche du KST, qui cherche à documenter les violences impliquant l’ensemble des acteurs armés présents dans les trois provinces couvertes par son dispositif : Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu.
Les données du mois d’août dessinent ainsi une situation sécuritaire à plusieurs vitesses. D’un côté, le nombre total d’incidents enregistrés par le KST recule de 13 %. De l’autre, les affrontements armés progressent de 27 %, portés notamment par l’offensive de l’AFC-M23.
Cette différence est importante : elle montre que la baisse statistique du nombre global d’incidents ne peut être assimilée automatiquement à une amélioration de la situation sécuritaire.
Dans les territoires de Masisi et de Kalehe, l’expansion territoriale documentée de l’AFC-M23 s’accompagne d’affrontements et de déplacements de populations. En Ituri, les ADF continuent parallèlement de mener des attaques meurtrières contre les civils.
Le rapport d’Ebuteli met donc en évidence une recomposition de la violence plutôt qu’une accalmie générale : alors que certains indicateurs diminuent, les opérations armées et les violences contre les populations restent à un niveau préoccupant dans plusieurs zones de l’est congolais.





























