Ebola hors de contrôle, violences sexuelles persistantes et intensification des combats : devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, l’ONU décrit une République démocratique du Congo confrontée à une « douloureuse convergence de crises ». Une situation qui, selon l’organisation, aggrave simultanément les vulnérabilités sanitaires, sécuritaires et humanitaires du pays.
Une épidémie d’Ebola aux proportions inédites
L’alerte sanitaire occupe une place centrale dans le constat présenté par les Nations unies. L’épidémie actuelle a dépassé les 8 000 cas confirmés et approche les 4 000 décès, devenant la plus importante jamais enregistrée en RDC. Les dernières données disponibles des autorités sanitaires faisaient état de 8 067 cas et 3 901 décès au 26 septembre, avec une létalité de 48,4 %.
La réponse sanitaire se heurte également à un autre obstacle : les agents de santé et les personnes engagées dans la sensibilisation sont eux-mêmes exposés aux menaces et aux violences, dans un contexte marqué par la désinformation et la défiance d’une partie des communautés.
Plus de 4 400 violations des droits humains documentées
Sur le front des droits humains, le Bureau des Nations unies fait état d’environ 4 400 violations documentées depuis janvier dans l’Est du pays. Les violences sexuelles liées aux conflits constituent l’un des volets les plus préoccupants de cette crise : au moins 1 080 victimes ont été recensées en une année, soit près de trois victimes par jour.
Cette situation s’inscrit dans un contexte de déplacements massifs. Plus de 6,1 millions de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur de la RDC, conséquence notamment des affrontements et de l’insécurité persistante dans plusieurs provinces orientales.
L’escalade militaire fragilise les processus de paix
À cette crise humanitaire s’ajoute la reprise des affrontements dans l’Est. Selon le constat présenté à Genève, les combats entre les forces congolaises et le M23, que Kinshasa et plusieurs instances internationales accusent d’être soutenu par le Rwanda, se sont intensifiés depuis la mi-septembre, alors que les processus diplomatiques de Doha et de Washington restent engagés.
Awa Dabo a appelé Kigali à procéder au retrait de ses troupes de la RDC, tout en soulignant les efforts engagés dans la lutte contre l’impunité et les avancées judiciaires enregistrées dans le pays.
La responsable onusienne a également rendu hommage aux deux hauts magistrats militaires congolais décédés le 25 septembre dans le crash d’un appareil à Kenge, dans la province du Kwango : le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC.
À Genève, le message onusien est donc celui d’une crise devenue multidimensionnelle : à la menace épidémique s’ajoutent les violences contre les civils, les déplacements forcés et la poursuite des affrontements armés. Pour les Nations unies, la réponse ne peut dès lors être uniquement sécuritaire ou sanitaire, mais doit également s’attaquer aux causes et aux conséquences des violations des droits humains.





























