Le 28 octobre 2026, le département américain du Trésor a sanctionné le ministère rwandais de la Défense et la société financière Zigama, accusés de soutenir le M23. Washington affirme que « des milliers » de soldats rwandais combattent aux côtés du M23 au Nord et au Sud-Kivu, et exige que Kigali cesse de soutenir « le M23 et tout groupe armé qui lui succéderait ». Le Trésor relève aussi que le FRN s’est déclaré successeur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), sans toutefois le sanctionner.
Cette séquence permet d’éprouver une thèse répandue à Kinshasa : le FRN serait une manœuvre rwandaise pour « congoliser » la guerre. Encore faut-il distinguer ce qui est prouvé de ce qui est supposé.
Un nouveau nom qui ne protège de rien
L’idée que le FRN permettrait d’échapper aux sanctions ne résiste pas aux faits. Joseph Kabila était déjà sanctionné par Washington avant de prendre la tête du mouvement, et la clause visant « tout groupe successeur » ferme d’avance cette porte.
Le changement de nom produit cependant un effet plus subtil. Les sanctions visent des entités et des personnes nommées. Une nouvelle dénomination oblige à établir la continuité juridique avant d’agir, et au Conseil de sécurité, où le comité des sanctions sur la RDC décide par consensus, chaque nouvelle inscription peut être ralentie. Le FRN ne garantit pas l’impunité ; il ajoute de la friction.
Une négociation dont l’objet change
Le 15 octobre, le FRN a déclaré reprendre « dans sa totalité » les engagements de l’AFC/M23, y compris ceux du processus de Doha. En apparence, rien ne change. En réalité, l’objet de la négociation se déplace. Doha porte sur un cessez-le-feu, les prisonniers et la réintégration ; trois protocoles sur huit seulement sont signés. Le FRN, lui, veut « mettre fin à la tyrannie par tous les moyens », y compris la force. Pour le politologue Constantin Grund, de la Fondation Friedrich Ebert, l’initiative met fin à toute perspective de dialogue avec Kinshasa.
Une négociation qui passe d’un cessez-le-feu local à la refondation de l’État devient interminable. Pendant ce temps, l’occupation se consolide : c’est la logique du fait accompli.
C’est sur l’économie de guerre que la démonstration est la plus solide. Les experts de l’ONU ont établi que l’AFC/M23 tirait environ 800 000 dollars par mois des taxes sur le coltan de Rubaya, et qu’au moins 150 tonnes avaient été exportées en contrebande vers le Rwanda. En 2024, le Rwanda aurait exporté environ 715 tonnes de tantale pour une production déclarée de 350 tonnes.
Le communiqué du 28 octobre ajoute une pièce décisive : selon Washington, une branche de Zigama a servi à transporter de l’or des territoires du M23 jusqu’à Kigali et a facilité des transactions de plusieurs dizaines de millions de dollars. Le circuit passe donc par une institution liée aux services de sécurité rwandais. Kigali conteste ces conclusions, mais une réalité demeure : tant que la négociation s’enlise, ces flux continuent.
Ce que l’on peut prouver, et ce que l’on ne peut pas
Que le FRN serve le récit de Kigali est établi. Le chercheur Kristof Titeca rappelle que le Rwanda présente depuis toujours la rébellion comme une lutte politique congolaise interne, et l’analyste John Ngono estime que le FRN vise à renforcer la légitimité du M23 « et de ses soutiens rwandais ». Mais qu’il ait été conçu à Kigali reste une inférence. D’autres motivations convergent : Kabila, condamné à mort par contumace, n’avait plus d’issue à Kinshasa, et le M23 cherchait un visage congolais. De même, lorsque Félix Tshisekedi qualifie Kabila de « proxy » du Rwanda, il porte une accusation politique, non une preuve.
La rébellion a changé de nom, pas de parrain. Plutôt que dénoncer une intention qu’on ne peut démontrer, Kinshasa et ses partenaires ont intérêt à fermer les trois portes que le FRN ouvre : inscrire le mouvement comme successeur dans tous les régimes de sanctions, ramener les négociations à leurs objets vérifiables, cessez-le-feu, retrait des troupes étrangères et traçabilité, et cibler les circuits financiers et miniers qui financent la guerre.






























