L’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC ne se mesure pas uniquement au nombre de cas et de décès. Elle produit également des conséquences sociales profondes, particulièrement pour les enfants. Selon l’UNICEF, plus de 1 900 enfants ont perdu l’un de leurs parents ou les deux, ou ont été séparés de leurs parents ou tuteurs depuis la déclaration de l’épidémie en mai 2026.
Au 28 septembre, 1 581 enfants avaient été identifiés en Ituri et 322 au Nord-Kivu. L’agence des Nations unies souligne toutefois que le bilan réel pourrait être supérieur, les données disponibles ne couvrant que les zones où elle travaille avec les Divisions provinciales des affaires sociales.
Une crise qui frappe directement la cellule familiale
Pour un enfant, la maladie ne représente pas seulement un risque sanitaire. Lorsqu’un parent tombe malade, est hospitalisé ou décède, l’enfant peut soudainement perdre la personne dont dépend sa protection, son alimentation, son éducation et sa sécurité.
La peur de la contamination et la stigmatisation peuvent en outre dissuader certains proches ou membres de la communauté de prendre en charge les enfants concernés. L’UNICEF décrit ainsi une véritable « chaîne de conséquences » provoquée par Ebola.
La situation est particulièrement préoccupante dans l’est de la RDC, où les populations vivent déjà dans un environnement marqué par les conflits et les déplacements. Les provinces touchées par l’épidémie accueillent environ 4,4 millions de personnes déplacées internes, ce qui complique la surveillance épidémiologique et la prise en charge des familles vulnérables.
Les enfants, particulièrement vulnérables
La situation sanitaire des enfants est d’autant plus préoccupante que les plus jeunes sont particulièrement exposés aux formes graves de la maladie. Selon l’OMS, les enfants de moins de cinq ans présentent un taux de létalité supérieur à 60 %, contre environ 40 % chez les adultes.
L’épidémie affecte également l’accès aux services essentiels. En Ituri, l’utilisation de certains services de santé — vaccination infantile, accouchements médicalisés et soins essentiels — avait diminué de 42 % dans plusieurs zones particulièrement touchées entre avril et juin 2026.
La réponse ne peut pas être uniquement médicale
Face à cette situation, l’UNICEF appelle à renforcer la dimension sociale et psychosociale de la riposte.
L’agence soutient actuellement 12 espaces d’accueil pour enfants à proximité de centres de traitement Ebola en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Ces structures permettent d’accueillir les enfants exposés, non accompagnés ou dont les parents sont hospitalisés, tout en facilitant leur surveillance médicale.
Avec les autorités sociales, l’UNICEF assure également la recherche des familles, la réunification des enfants et la mise en place de solutions de prise en charge alternatives lorsque le retour auprès des proches n’est pas immédiatement possible.
Plus de 90 600 personnes ont déjà bénéficié de séances d’information psychosociale, tandis que plus de 15 900 membres de familles ont reçu un accompagnement psychosocial à domicile.
Un appel à combler le déficit de financement
L’UNICEF réclame désormais des ressources supplémentaires pour renforcer les équipes sociales, créer un espace d’accueil dans chaque centre de traitement Ebola, développer les soins pédiatriques et soutenir les familles d’accueil.
L’agence recherche 150,8 millions de dollars pour l’ensemble de sa réponse à l’épidémie, dont 113,4 millions pour la RDC. Au 6 octobre, seuls 40,1 millions avaient été mobilisés pour la réponse congolaise.
Au-delà de la lutte contre le virus, l’enjeu est donc de prévenir une crise sociale durable.
En RDC, contenir Ebola signifie aussi protéger les enfants que l’épidémie laisse derrière elle. La réussite de la riposte se mesurera non seulement au nombre de vies sauvées, mais également à la capacité à empêcher que la maladie ne transforme une urgence sanitaire en génération d’enfants durablement séparés de leur famille.





























