L’Union africaine (UA) appelle à la désescalade en République démocratique du Congo. Dans un communiqué publié mardi, son président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a exhorté les acteurs politiques congolais à privilégier le dialogue, à respecter le cessez-le-feu et à préserver les acquis des initiatives diplomatiques engagées pour mettre fin au conflit dans l’Est du pays.
Cette prise de position intervient alors que la situation sécuritaire demeure préoccupante dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les affrontements continuent de fragiliser les efforts de paix. Sur le plan politique, les discussions autour d’un dialogue national se poursuivent dans un climat de fortes tensions entre le pouvoir et différentes composantes de l’opposition.
Pour l’organisation continentale, la recherche d’une solution durable passe par une démarche politique inclusive, mais aussi par le respect des institutions de la République. L’UA estime que les divergences politiques doivent être réglées par des moyens pacifiques, sans compromettre la stabilité institutionnelle ni aggraver les violences.
Tshisekedi et le dialogue national au cœur de l’appel africain
Dans sa déclaration, Mahmoud Ali Youssouf a salué les efforts du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en faveur d’un dialogue politique national ouvert aux acteurs politiques et sociaux concernés, dans le respect des institutions établies.
Cette reconnaissance place le dialogue parmi les voies privilégiées par l’UA pour prévenir une nouvelle escalade. L’objectif est de favoriser un cadre de concertation permettant d’aborder les différends politiques, tout en préservant la légitimité des institutions et le fonctionnement de l’État.
La question de l’inclusivité demeure néanmoins centrale : la portée d’un dialogue dépendra de la participation effective des parties concernées, de la clarté de son mandat et de la capacité des participants à rechercher des compromis sans remettre en cause l’ordre constitutionnel.
L’appel de l’UA s’adresse ainsi à l’ensemble des acteurs congolais. Il les invite à privilégier les mécanismes institutionnels et politiques plutôt que la confrontation, dans un contexte où les tensions internes se superposent à une crise sécuritaire aux dimensions régionales.
Doha et Washington : préserver les engagements de paix
L’organisation continentale insiste également sur la nécessité de consolider les processus diplomatiques de Doha et de Washington. Ces deux cadres constituent des voies complémentaires dans la recherche d’une solution au conflit : les discussions de Washington concernent principalement les relations entre Kinshasa et Kigali, tandis que le processus de Doha porte sur les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
Pour l’UA, les engagements pris dans ces cadres ne peuvent produire des résultats durables sans volonté politique, respect des dispositions convenues et amélioration concrète de la situation sur le terrain. Le respect du cessez-le-feu est donc essentiel pour éviter que les opérations militaires ne compromettent les avancées diplomatiques.
La persistance des affrontements souligne toutefois l’écart entre les engagements annoncés et les réalités vécues par les populations civiles. La protection des habitants, l’accès humanitaire et la prévention de nouveaux déplacements doivent rester au centre de la mise en œuvre des accords.
L’ordre constitutionnel comme ligne de référence
Mahmoud Ali Youssouf a également rappelé les principes de l’Acte constitutif de l’Union africaine, de la Déclaration de Lomé de 2000 et de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Ces textes condamnent les changements anticonstitutionnels de gouvernement, notamment la prise du pouvoir par la force et le renversement d’institutions démocratiquement établies.
Ce rappel souligne la distinction entre la participation à un dialogue politique et le recours à des moyens violents pour modifier l’ordre institutionnel. Pour l’UA, la résolution des différends doit s’inscrire dans le cadre des principes continentaux de légalité, de gouvernance démocratique et de règlement pacifique des conflits.
L’appel africain repose ainsi sur deux impératifs indissociables : une concertation politique crédible en RDC et le respect des engagements destinés à mettre fin aux hostilités dans l’Est. Leur mise en œuvre effective déterminera la capacité des initiatives diplomatiques à contribuer à une paix durable, à la stabilité institutionnelle et à la protection des populations congolaises.






























