La pression diplomatique autour de Joseph Kabila s’accentue. Deux députés européens belges, Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, appellent l’Union européenne (UE) à adopter des sanctions ciblées contre l’ancien président congolais et des responsables rwandais qu’ils accusent de contribuer à la déstabilisation de la République démocratique du Congo.
Cet appel intervient après l’annonce, le 12 octobre, de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire dirigée par Joseph Kabila et intégrant l’ancienne Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23. Cette évolution place désormais l’ex-chef de l’État au premier plan d’un mouvement engagé dans les combats contre les forces gouvernementales dans l’Est du pays.
Dans leur prise de position, les deux élus estiment que l’Union européenne doit traduire ses déclarations politiques en mesures concrètes. Ils réclament des sanctions contre les responsables de la déstabilisation, le respect des accords de paix, la défense de la souveraineté congolaise et une augmentation de l’aide humanitaire. Ils demandent également une meilleure traçabilité des ressources minières liées au conflit.
Joseph Kabila directement visé par les appels aux sanctions
L’entrée de Joseph Kabila dans la direction du FRN constitue un élément central de l’interpellation des eurodéputés. Pendant plusieurs mois, les autorités congolaises ont accusé l’ancien président de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Celui-ci a nié ces accusations. Sa prise de direction officielle de la nouvelle coalition marque toutefois une implication politique plus directe dans un mouvement qui associe des responsables politiques à des chefs rebelles.
Pour Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, cette nouvelle configuration justifie une réponse européenne plus ferme. Leur démarche vise à faire peser une pression sur les personnes qu’ils estiment responsables de la poursuite du conflit, notamment Joseph Kabila et les responsables rwandais accusés de soutenir le M23.
Il importe cependant de distinguer cet appel politique d’une décision formelle de l’Union européenne. Les deux élus demandent l’adoption et l’application de mesures ciblées ; leur déclaration ne signifie pas que de nouvelles sanctions contre Joseph Kabila ont déjà été décidées par le Conseil de l’UE.
Une politique européenne appelée à davantage de cohérence
L’appel intervient alors que l’Union européenne a déjà adopté des sanctions liées au conflit dans l’Est de la RDC. Le 17 mars 2025, le Conseil de l’UE a sanctionné neuf personnes et une entité en raison de leur implication dans les violences, les violations des droits humains et l’exploitation illégale des ressources naturelles. Les mesures visaient notamment des responsables du M23, des officiers rwandais et le dirigeant de l’Office rwandais des mines, du pétrole et du gaz.
Les eurodéputés estiment que ces mesures doivent s’inscrire dans une stratégie plus cohérente, articulant sanctions, soutien humanitaire, contrôle des chaînes d’approvisionnement en minerais et respect des engagements diplomatiques. Ils souhaitent notamment que l’Union européenne exerce une pression suffisante pour favoriser le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la fin du soutien aux groupes armés.
Le Rwanda conteste les accusations portées contre lui. Les responsabilités des différents acteurs doivent donc être appréciées à partir des éléments documentés et des engagements internationaux applicables.
Washington et Doha sous pression
Les initiatives diplomatiques menées à Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que les discussions de Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, restent au cœur des efforts visant à mettre fin aux hostilités. Mais les affrontements persistants dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu nourrissent les inquiétudes sur la mise en œuvre effective des engagements annoncés.
Pour les deux élus européens, la crédibilité de l’action internationale dépend de sa capacité à faire respecter les accords et à protéger les populations civiles. Ils ont également évoqué la possibilité de demander au président Félix Tshisekedi de s’exprimer devant les députés européens réunis à Strasbourg.
L’appel d’Elio Di Rupo et de Hilde Vautmans ouvre ainsi un nouveau débat sur le rôle de l’Union européenne dans la crise congolaise. La prochaine étape dépendra des suites institutionnelles données à leur demande et de la volonté des États membres de soutenir de nouvelles mesures.
Pour Kinshasa, l’enjeu est de transformer cette interpellation en soutien diplomatique concret à la souveraineté de la RDC, à la protection des civils et à une paix vérifiable dans l’Est du pays.






























