Le contraste est saisissant. En 2025, la déforestation mondiale a diminué de 15 %, enregistrant son recul annuel le plus marqué depuis la période de référence 2018-2020. Pourtant, cette amélioration ne se reflète pas dans le bassin du Congo, où la disparition des forêts tropicales se poursuit à un rythme préoccupant.
Selon le Forest Declaration Assessment 2026, publié en octobre, le bassin du Congo a perdu environ 2,4 millions d’hectares de forêt en 2025. Les pertes enregistrées en Amérique latine se sont élevées à environ 2,5 millions d’hectares. Pour la première fois depuis le début du suivi de ces tendances, les deux régions affichent ainsi des niveaux de déforestation presque équivalents.
Cette évolution est d’autant plus préoccupante que le bassin du Congo abrite la deuxième plus vaste forêt tropicale humide du monde, après l’Amazonie. Il constitue un réservoir majeur de biodiversité et joue un rôle essentiel dans le stockage du carbone et la régulation du climat.
La RDC occupe une place centrale dans cette équation environnementale, puisqu’elle abrite la majeure partie de cette forêt. La dégradation de son couvert forestier dépasse donc le seul cadre national : elle affecte un patrimoine naturel dont les bénéfices écologiques concernent l’ensemble de la planète.
Agriculture, exploitation forestière et mines sous surveillance
Le rapport identifie plusieurs facteurs à l’origine de la déforestation dans le bassin du Congo : l’expansion des activités agricoles, l’extraction du bois et le développement des activités minières. Ces pressions s’exercent dans un contexte où les moyens de contrôle de l’utilisation des terres restent insuffisants.
En RDC, des décennies de conflits et les difficultés de gouvernance ont également favorisé l’exploitation incontrôlée de certaines ressources forestières. Dans plusieurs zones, le manque de surveillance et les capacités limitées de contrôle compliquent la lutte contre les coupes illégales et les activités qui contribuent à la disparition des arbres.
Les conséquences dépassent la perte de végétation. La destruction des forêts libère une partie du carbone stocké dans les arbres et les sols, réduisant leur capacité à contribuer à la régulation climatique. Elle fragilise aussi les habitats naturels, menace les espèces animales et végétales et affecte les moyens de subsistance des communautés qui dépendent directement de la forêt.
Le changement climatique accentue en retour les risques auxquels ces écosystèmes sont exposés. Les sécheresses et les incendies peuvent aggraver les dommages, créant une dynamique dans laquelle la dégradation des forêts et le réchauffement climatique se renforcent mutuellement.
La RDC face au défi de la protection de son patrimoine forestier
Le rapport souligne une différence importante entre les trajectoires régionales. En Amérique latine, les mesures de contrôle renforcées et les politiques de lutte contre la déforestation adoptées dans certains pays, notamment au Brésil, ont contribué à une baisse des pertes forestières. En Afrique tropicale, les efforts engagés ne semblent pas encore produire des résultats comparables à l’échelle régionale.
Cette situation pose la question des moyens accordés aux institutions chargées de la protection des forêts, de l’application des lois et de la gestion durable des terres. Elle souligne également la nécessité de mieux encadrer les chaînes d’approvisionnement liées au bois, aux produits agricoles et aux minerais, afin que les activités économiques ne se développent pas au prix d’une destruction incontrôlée des écosystèmes.
L’enjeu consiste à concilier le développement économique, les besoins des populations et la préservation du capital naturel. Cela implique notamment de renforcer les contrôles, d’améliorer la transparence dans l’attribution et l’exploitation des ressources, de soutenir les pratiques agricoles durables et d’associer les communautés locales aux décisions concernant leurs territoires.
L’objectif international de mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts d’ici 2030 demeure, lui aussi, hors d’atteinte au rythme actuel. Selon le Forest Declaration Assessment, le monde a accumulé un déficit de progrès correspondant à 10,7 millions d’hectares de forêts qui auraient encore été préservés si les engagements pris en 2021 avaient été respectés.
Pour la RDC, protéger le bassin du Congo représente ainsi un enjeu environnemental, économique et stratégique. La richesse forestière du pays peut contribuer au développement national, mais sa valorisation exige une gouvernance rigoureuse et une gestion durable. Sans actions plus ambitieuses, le recul mondial de la déforestation risque de masquer une crise persistante au cœur de l’Afrique centrale.






























