La République démocratique du Congo a porté ses préoccupations sécuritaires et humanitaires devant l’une des principales instances africaines de promotion et de protection des droits humains. Le 12 octobre 2026, à Dakar, au Sénégal, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, est intervenu dans le cadre de la 89ᵉ session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), ouverte le même jour et prévue jusqu’au 21 octobre.
Dans son allocution, le ministre a remercié le président de séance d’avoir évoqué la situation des droits humains dans l’Est de la RDC, avant d’alerter les participants sur ce qu’il considère comme un risque imminent d’aggravation des violences imputées au Rwanda et à ses alliés de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23).
Samuel Mbemba a notamment établi un lien entre cette menace et le discours prononcé le 9 octobre par l’ancien président Joseph Kabila. Selon le ministre, cette intervention constitue un signal préoccupant dans un contexte où les populations civiles continuent de subir les conséquences des affrontements armés, des déplacements forcés et des violations graves de leurs droits fondamentaux.
« Ce discours est, tant dans sa lettre que dans son esprit, un appel à la violence et une annonce de l’escalade des violences dont seront davantage victimes les populations civiles, en particulier les femmes, les enfants et les personnes âgées », a déclaré le ministre.
Joseph Kabila au centre des accusations de Kinshasa
Dans son intervention, Samuel Mbemba a reproché à l’ancien chef de l’État de n’avoir pas abordé la question de l’agression rwandaise, les massacres, les violences sexuelles, l’utilisation d’enfants à des fins économiques ou militaires et les pillages des ressources minières congolaises.
Le ministre a également rappelé les sanctions américaines annoncées contre Joseph Kabila le 30 avril 2026. Selon les motifs avancés par Washington, l’ancien président aurait apporté un soutien financier et logistique au M23 et à l’AFC, encouragé des membres des Forces armées de la RDC à rejoindre la rébellion et participé à des initiatives visant à déstabiliser le pouvoir en place à Kinshasa.
Samuel Mbemba a par ailleurs évoqué la condamnation de Joseph Kabila par la Haute Cour militaire congolaise, le 30 septembre 2025. L’ancien président a été condamné à mort par contumace, notamment pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel. Il a contesté les accusations portées contre lui et dénoncé une procédure à caractère politique.
En rapprochant ces éléments du discours du 9 octobre, le ministre a voulu souligner ce qu’il présente comme une menace supplémentaire pour la paix et la sécurité dans l’Est de la RDC. Les accusations relatives à une prochaine intensification des violences constituent toutefois une alerte formulée par le gouvernement congolais, et non la confirmation indépendante d’une opération militaire imminente.
Un appel à la mobilisation de la Commission africaine
Au-delà de la mise en cause des acteurs qu’il considère responsables de la crise, Samuel Mbemba a lancé un appel à l’Union africaine, notamment à travers la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, afin de renforcer les efforts de promotion et de protection des droits humains dans l’Est de la RDC.
Cette démarche intervient alors que la CADHP tient sa 89ᵉ session ordinaire publique à Dakar, du 12 au 21 octobre 2026. La Commission, organe de l’Union africaine établi par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, a notamment pour mandat de promouvoir et de protéger les droits humains et les droits des peuples sur le continent.
Pour Kinshasa, une mobilisation accrue des mécanismes africains est nécessaire afin de soutenir la documentation des violations, d’encourager la responsabilisation des auteurs présumés et de renforcer la protection des civils dans les zones touchées par les conflits.
Le ministre a insisté sur les conséquences humaines des violences, en particulier pour les femmes, les enfants et les personnes âgées, dont la vulnérabilité augmente dans les territoires marqués par les affrontements et les déplacements de population.
Kinshasa réaffirme son engagement en faveur d’une paix durable
Malgré la gravité des accusations formulées à Dakar, le ministre a réaffirmé l’engagement de la RDC en faveur d’une solution durable à la crise. Il a souligné la nécessité de combiner les mécanismes politiques, diplomatiques, judiciaires et sécuritaires pour mettre fin aux violences et créer les conditions du retour de la paix.
Cette approche vise à rappeler que la protection des droits humains ne peut être dissociée du règlement du conflit, du respect de la souveraineté nationale et de la lutte contre l’impunité. Pour les autorités congolaises, les démarches diplomatiques doivent se traduire par des mesures concrètes de protection des populations et par le respect des obligations internationales applicables.
À Dakar, le message de Samuel Mbemba est donc double : alerter les institutions africaines sur le risque d’une aggravation de la crise et solliciter leur mobilisation pour que les droits fondamentaux des Congolais vivant dans l’Est du pays soient mieux protégés.
L’enjeu est désormais de transformer cette alerte en une action institutionnelle soutenue. Alors que la 89ᵉ session de la CADHP se poursuit, Kinshasa entend maintenir la situation de l’Est de la RDC au cœur des préoccupations africaines et faire de la protection des civils une priorité de la réponse régionale.





























