La situation sécuritaire demeure préoccupante en Ituri. Le lundi 12 octobre 2026, le site de personnes déplacées de Rhôe, dans le territoire de Djugu, a été attaqué par des combattants présumés de la CODECO, selon des sources locales. Cette nouvelle incursion a fait des victimes civiles et provoqué la fuite de familles déjà fragilisées par des années de violences armées.
D’après la société civile locale, deux enfants ont été tués et une femme enceinte blessée. Ce bilan reste provisoire, tandis que des coups de feu étaient encore signalés dans la zone au moment des premiers témoignages. Des déplacés ont cherché refuge auprès de la base de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), dont les Casques bleus sont intervenus pour protéger les civils.
Cette attaque intervient dans un contexte de recrudescence des affrontements entre la CODECO et la Convention pour la révolution populaire (CRP), le mouvement dirigé par Thomas Lubanga. Selon Radio Okapi, environ 45 personnes ont été tuées dans les affrontements signalés depuis le week-end dans plusieurs localités du territoire de Djugu. Ce bilan concerne les différents combats rapportés dans la zone et ne doit pas être confondu avec celui, encore provisoire, de l’attaque du site de Rhôe.
Gaby Kasongo appelle à une responsabilité collective
De retour à Bunia le 12 octobre, après avoir participé à Kampala à une conférence consacrée aux enjeux sécuritaires africains, le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka, a insisté sur la nécessité d’une approche globale pour restaurer durablement la paix.
Les échanges de cette conférence, organisée du 5 au 8 octobre, ont notamment porté sur la coopération régionale et les opérations militaires autres que la guerre. Pour le gouverneur, la stabilisation de l’Ituri ne peut reposer exclusivement sur les opérations militaires. Elle exige également le dialogue, la réconciliation, le développement et l’implication des communautés.
« La paix, c’est une responsabilité collective », a-t-il rappelé, appelant la population à l’unité, à la cohésion, à la vigilance et à la collaboration avec les forces de défense et de sécurité.
Le gouverneur a également encouragé les Ituriens vivant en Ouganda, notamment ceux qui ont fui les violences, à envisager leur retour dans leur province d’origine. Une telle perspective reste néanmoins conditionnée à des garanties concrètes de sécurité et à la possibilité de reconstruire une vie digne dans les localités de retour.
À Entebbe, la CRP réaffirme son cessez-le-feu
Sur le terrain diplomatique, une rencontre organisée le 9 octobre à Entebbe, en Ouganda, sous la facilitation du président Yoweri Kaguta Museveni, a réuni des responsables congolais et des représentants de la CRP conduits par Thomas Lubanga. Le gouverneur militaire de l’Ituri, Gaby Kasongo, participait également aux échanges.
Les discussions ont porté sur la dégradation de la situation sécuritaire, les violences contre les civils et les déplacements de population. À l’issue de cette rencontre, la facilitation ougandaise a appelé les protagonistes à éviter les confrontations armées et proposé la reprise du pré-dialogue dans un délai de deux semaines.
Le 10 octobre, Thomas Lubanga a signé un décret réaffirmant le cessez-le-feu unilatéral annoncé par la CRP le 14 mai 2026. Le mouvement affirme vouloir maintenir cet engagement et confie à ses responsables militaires la tâche de veiller à son application. Toutefois, les modalités concrètes de vérification du cessez-le-feu restent à préciser.
La persistance des attaques, malgré ces démarches, souligne le fossé entre les engagements politiques et la réalité sécuritaire. La réaffirmation du cessez-le-feu par la CRP ne garantit pas, à elle seule, la fin des hostilités, d’autant que les affrontements entre groupes armés se poursuivent et que les accusations réciproques restent nombreuses.
Pour les milliers de personnes déplacées en Ituri, l’urgence demeure la protection des sites d’accueil, l’accès à l’aide humanitaire et la possibilité de vivre à l’abri des violences. La crédibilité des efforts de paix à Entebbe et des appels du gouverneur Kasongo se mesurera désormais à leur traduction sur le terrain : la cessation effective des attaques contre les civils, le respect des engagements et la création de conditions permettant un retour volontaire et sûr des populations déplacées.





























