Le Soudan est de nouveau confronté à un lourd bilan humain après des frappes aériennes qui auraient visé, samedi 10 octobre, des sites d’exploitation artisanale de l’or dans une zone montagneuse proche de la frontière égyptienne. Selon Emergency Lawyers, une organisation soudanaise de défense des droits humains qui documente les violations commises dans le pays, au moins 72 civils ont été tués. Le bilan demeure provisoire et pourrait s’alourdir.
D’après cette organisation, les bombardements ont touché des mineurs qui travaillaient sur des sites d’extraction et dans des campements de fortune. Des témoignages relayés par les médias font état de destructions importantes et de la fuite de travailleurs vers les reliefs environnants, par crainte de nouvelles frappes.
Les chiffres restent cependant contradictoires. Le Sudan Doctors Network a rapporté au moins 13 morts et 28 blessés, en avertissant que le nombre de victimes pourrait augmenter compte tenu de la gravité de certaines blessures et des difficultés d’accès aux soins. Les agences de presse n’ont pas pu confirmer indépendamment le bilan définitif ni identifier avec certitude les appareils impliqués.
Des accusations visant l’Égypte, sur fond de tensions frontalières
Emergency Lawyers accuse l’aviation militaire égyptienne d’avoir mené les frappes. L’organisation affirme que les sites visés se trouvent en territoire soudanais et considère ces bombardements comme une atteinte aux droits des civils et à la souveraineté du pays.
Ces accusations n’ont toutefois pas été confirmées de manière indépendante. Au moment des premiers comptes rendus, les autorités égyptiennes et les autorités soudanaises n’avaient pas publiquement clarifié les circonstances de l’attaque.
L’incident intervient dans une zone frontalière sensible, marquée par des activités d’orpaillage informel, des soupçons de contrebande et des désaccords territoriaux persistants entre les deux pays. En juin, l’armée égyptienne avait annoncé une opération de grande ampleur contre l’exploitation illégale de l’or et les passages clandestins à la frontière. Des centaines de personnes avaient alors été arrêtées, selon les informations communiquées à l’époque par les autorités égyptiennes.
Le nouvel épisode soulève ainsi des questions sur les méthodes employées pour lutter contre les activités illégales dans cette région. Même lorsqu’un État invoque des impératifs de sécurité frontalière, toute opération militaire doit respecter les obligations applicables du droit international humanitaire, notamment la protection des civils.
L’or, une ressource stratégique au cœur de la guerre
Au Soudan, l’exploitation aurifère artisanale ne constitue pas seulement une activité économique informelle. Elle représente aussi une source de revenus essentielle pour des populations frappées par l’effondrement économique et les conséquences de la guerre déclenchée en avril 2023 entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR).
La production d’or et les circuits de commercialisation du métal précieux occupent une place importante dans l’économie de guerre. Les revenus tirés de l’or, les réseaux de contrebande et les flux transfrontaliers peuvent contribuer au financement des acteurs armés, tandis que l’exploitation artisanale permet à de nombreux travailleurs de survivre dans un contexte de chômage et de déplacement massif des populations.
Cette dépendance économique expose toutefois les mineurs à des risques considérables : absence de protection, conditions de travail dangereuses, éloignement des structures de santé et exposition aux opérations sécuritaires ou militaires. Dans les zones reculées, l’insuffisance des moyens de secours complique également l’identification des victimes et l’évacuation des blessés.
Au-delà du bilan humain, ces frappes présumées mettent en évidence les liens entre ressources naturelles, sécurité frontalière et conflit armé. Une enquête indépendante, l’établissement des responsabilités et la protection effective des travailleurs civils sont indispensables pour éviter que la lutte contre l’exploitation illégale de l’or ne se traduise par de nouvelles pertes humaines.
Alors que la guerre continue de fragiliser le Soudan, la question aurifère apparaît ainsi comme un enjeu à la fois économique, humanitaire et régional. Sans mécanismes de contrôle transparents et sans garanties pour les populations civiles, les zones minières risquent de demeurer des foyers de violence aux conséquences dépassant largement les frontières soudanaises.




























