La médiation africaine entre dans une nouvelle phase. Le vendredi 9 octobre 2026, les membres du Panel des facilitateurs de l’Union africaine (UA) sont arrivés à Kinshasa après une série de consultations à Goma et à Kigali, consacrées à la recherche d’une solution à la crise sécuritaire qui frappe l’Est de la République démocratique du Congo.
La délégation comprend notamment Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie, Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya, et Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana. Elle comprend également Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de la République centrafricaine. Le médiateur de l’UA, le président du Conseil togolais Faure Gnassingbé, est représenté dans cette mission par son ministre délégué chargé des Affaires étrangères, Yackoley Kokou Johnson.
Selon la présidence congolaise, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, devait recevoir les facilitateurs au cours de cette journée. Leur déplacement à Kinshasa constitue une étape importante de leur mission : après avoir recueilli les positions de l’AFC/M23 et de Kigali, ils doivent poursuivre les échanges avec les autorités congolaises et rendre compte de leurs consultations au gouvernement ainsi qu’au médiateur de l’Union africaine.
De Goma à Kigali, des consultations sans accord annoncé
Avant leur arrivée dans la capitale congolaise, les facilitateurs ont rencontré à Goma les représentants de l’AFC/M23, ainsi que des acteurs humanitaires, la MONUSCO et le mécanisme chargé de la vérification du cessez-le-feu.
Le 7 octobre, à Kigali, ils ont également échangé avec le président rwandais Paul Kagame sur les prochaines étapes du processus de paix et les causes profondes du conflit, selon la présidence rwandaise.
Ces consultations successives visent à mieux cerner les positions des différents acteurs et à identifier les conditions d’une relance crédible du processus politique. Toutefois, aucun accord global ni engagement nouveau susceptible de mettre immédiatement fin aux hostilités n’a été annoncé à ce stade.
Le déplacement à Kinshasa doit donc permettre au Panel de compléter ses consultations et de confronter les différentes positions recueillies. La question centrale demeure celle de la traduction des échanges diplomatiques en engagements concrets, vérifiables et respectés sur le terrain.
Le cessez-le-feu et les mécanismes de vérification au centre des attentes
À l’issue de ses consultations, le Panel a notamment appelé les parties à poursuivre de bonne foi les négociations de Doha, à respecter le cessez-le-feu et à coopérer avec les mécanismes de vérification.
Ces exigences sont déterminantes dans un contexte marqué par la persistance des affrontements et la fragilité des initiatives diplomatiques. Sans respect des engagements sécuritaires et sans mécanisme crédible permettant de constater les violations, les négociations risquent de rester déconnectées de la réalité vécue par les populations.
La vérification du cessez-le-feu revêt une importance particulière : elle doit contribuer à établir les faits, à limiter les accusations contradictoires et à favoriser une désescalade effective. Elle ne remplace cependant ni la volonté politique des parties ni les mesures nécessaires à la protection des civils.
Parallèlement, les négociations de Doha et les engagements discutés dans le cadre du processus de Washington demeurent des éléments importants de l’architecture diplomatique régionale. La coordination entre ces initiatives et la médiation de l’UA constitue un enjeu essentiel pour éviter la dispersion des efforts.
Kinshasa face au défi de la paix durable
Pour les autorités congolaises, cette étape offre l’occasion de réaffirmer les priorités nationales : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC, la fin des violences, la protection des populations et le rétablissement durable de la sécurité dans les provinces affectées.
L’action diplomatique congolaise, portée notamment par la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, s’inscrit dans cette recherche d’une solution politique soutenue par les partenaires africains et internationaux. La coordination entre la diplomatie, les autorités sécuritaires et les responsables de l’intégration régionale doit permettre de maintenir une position cohérente dans les différents cadres de négociation.
L’enjeu dépasse néanmoins la tenue de nouvelles rencontres. Les populations de l’Est attendent des avancées concrètes : une réduction des combats, un meilleur accès humanitaire, la sécurité des personnes déplacées et des conditions permettant un retour volontaire et durable dans leurs localités.
Après Goma, Kigali et Kinshasa, la médiation africaine devra démontrer sa capacité à transformer les consultations en résultats. La réussite du processus dépendra de la volonté des parties de respecter leurs engagements, de coopérer avec les mécanismes de vérification et de privilégier une solution politique garantissant une paix juste et durable dans l’Est de la RDC et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.





























