L’Afrique s’apprête à se doter de son propre instrument d’évaluation du risque financier. Après près d’une décennie de discussions, l’Agence africaine de notation de crédit (AfCRA) doit officiellement entrer en fonction mercredi, avec pour ambition de proposer une alternative aux grandes agences internationales de notation.
Soutenue par l’Union africaine et issue du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), l’initiative répond à une préoccupation régulièrement exprimée par les gouvernements africains : le coût élevé auquel plusieurs économies du continent accèdent aux marchés financiers internationaux.
Une alternative aux grandes agences internationales
L’AfCRA entend évaluer la solvabilité des États, mais également celle des entreprises et des institutions africaines. Son siège sera établi à Maurice, choisie notamment pour la maturité de son secteur financier.
La nouvelle agence ambitionne de compléter, plutôt que de simplement remplacer, le travail des trois principales agences internationales — Fitch, Moody’s et S&P — dont les évaluations jouent un rôle important dans la détermination du risque perçu par les investisseurs.
Pour plusieurs responsables et analystes africains, le problème réside dans la manière dont certaines caractéristiques des économies du continent sont prises en compte dans les modèles traditionnels de notation. Le poids de l’économie informelle, les dynamiques régionales, les réformes engagées ou encore certaines ressources et potentialités économiques peuvent, selon eux, être insuffisamment reflétés dans les évaluations classiques.
Le coût concret d’une mauvaise notation
L’enjeu dépasse largement une simple question de classement financier. La notation souveraine influence directement la perception du risque par les investisseurs et, par conséquent, le coût auquel un État peut emprunter.
Une notation jugée faible peut conduire les marchés à exiger des taux d’intérêt plus élevés pour compenser le risque perçu. Pour des pays déjà confrontés à d’importants besoins d’investissement dans les infrastructures, l’énergie, la santé ou l’éducation, cette prime de risque peut alourdir considérablement le coût du financement.
Le MAEP estime par ailleurs que 23 pays africains ne sont pas actuellement notés par les grandes agences traditionnelles. L’existence d’une agence continentale pourrait ainsi permettre à davantage d’économies africaines d’être évaluées selon un cadre adapté à leurs spécificités.
Une question de souveraineté financière
Au-delà de la notation elle-même, la création de l’AfCRA s’inscrit dans un mouvement plus large visant à renforcer l’autonomie financière du continent.
L’Afrique cherche depuis plusieurs années à accroître la mobilisation de ses ressources internes, développer ses marchés de capitaux et réduire sa dépendance à l’égard de mécanismes de financement extérieurs. La création d’une agence de notation africaine participe de cette volonté de renforcer les capacités financières propres au continent.
L’objectif affiché n’est toutefois pas de supprimer les évaluations internationales, mais de créer une seconde lecture du risque africain, fondée sur des données, des réalités et des perspectives propres aux économies du continent.
Le lancement de l’AfCRA constitue néanmoins un premier pas. Sa capacité à influencer réellement le coût du financement dépendra de la confiance que lui accorderont les investisseurs, les banques, les marchés financiers et les institutions internationales.
La transparence de ses méthodes, son indépendance vis-à-vis des gouvernements et la qualité de ses analyses seront déterminantes pour établir sa crédibilité.
Pour l’Afrique, l’enjeu est donc double : disposer d’un outil capable de mieux refléter ses fondamentaux économiques, mais aussi convaincre les marchés que cette nouvelle évaluation repose sur des standards rigoureux et comparables aux meilleures pratiques internationales.
Si elle parvient à relever ce défi, l’AfCRA pourrait devenir un instrument important de la stratégie africaine de financement du développement. L’ambition est claire : faire en sorte que la perception du risque africain soit davantage construite à partir des réalités du continent, et que cette meilleure compréhension puisse, à terme, contribuer à réduire le coût du capital dont l’Afrique a besoin pour financer sa transformation.





























