La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans la connaissance scientifique de son territoire. Lancé officiellement le 5 octobre 2026 à l’aéroport de Ndolo, à Kinshasa, le Programme de cartographie géophysique aéroportée et géologique de la RDC (PC2G-RDC) ambitionne de mieux documenter le sous-sol congolais et d’en faire une base plus solide pour les futures décisions minières.
Placée sous le haut patronage du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, l’initiative est coordonnée techniquement par le Service géologique national du Congo (SGN-C), sous la tutelle du ministère des Mines. Son exécution opérationnelle a été confiée à la société espagnole Xcalibur Multiphysics Group SL, dans le cadre d’un contrat signé le 29 janvier 2026.
Huit aéronefs pour explorer autrement le territoire
Le programme doit s’étendre sur 36 mois. Huit aéronefs spécialisés seront mobilisés pour effectuer des levés magnétiques, radiométriques, gravimétriques et électromagnétiques. Ces technologies doivent permettre de mieux comprendre les structures géologiques du sous-sol et d’identifier des zones présentant des anomalies susceptibles de justifier des investigations plus approfondies.
Les premières zones concernées comprennent notamment le Kongo Central, le Kwango, le Kwilu, le Grand Kasaï et le Grand Katanga. Les données recueillies seront ensuite traitées et interprétées avant d’être complétées par des travaux géologiques de terrain.
L’objectif n’est donc pas de découvrir automatiquement des gisements depuis les airs. La cartographie géophysique doit plutôt permettre de réduire l’incertitude et de déterminer où les recherches au sol, les analyses géologiques et, à terme, les forages peuvent être les plus pertinents.
Moins de 10 % du territoire profondément exploré
Le gouvernement congolais justifie cette opération par l’insuffisance des données disponibles sur une grande partie du territoire. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a indiqué que moins de 10 % du territoire pouvait être considéré comme véritablement exploré en profondeur. Selon les données présentées lors du lancement, la campagne doit contribuer à faire progresser la couverture géoscientifique de 22,27 % à 46,1 %.
Cette distinction est importante : améliorer la couverture géoscientifique ne signifie pas que la moitié du territoire contient des gisements identifiés. Il s’agit d’abord d’élargir la connaissance scientifique du sous-sol afin de mieux orienter les recherches futures.
Pour Kinshasa, l’enjeu est donc autant scientifique qu’économique. Une meilleure connaissance géologique permet de réduire les risques supportés par les investisseurs lors des phases initiales d’exploration, mais aussi de donner à l’État davantage d’informations lorsqu’il négocie l’accès à son patrimoine minéral.
La connaissance comme instrument de souveraineté
Cette dimension est particulièrement stratégique pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt et acteur majeur de la production africaine de cuivre. L’enjeu n’est plus seulement de disposer de ressources naturelles, mais de mieux connaître leur localisation, leur nature et leur potentiel afin d’améliorer les conditions de leur valorisation.
Le directeur général du SGN-C, Raoul Wazenga Vitima, a présenté le service géologique comme le bras scientifique de l’État pour la connaissance du sous-sol. Les données doivent notamment permettre à l’administration de mieux planifier, négocier et organiser la valorisation des ressources naturelles.
Cette logique rejoint l’ambition affichée par le ministre des Mines : « mieux connaître pour mieux décider, mieux explorer pour mieux valoriser ». La cartographie devient ainsi un instrument de politique publique et non une simple opération technique.
Le PC2G-RDC est également présenté comme un moyen d’améliorer l’attractivité du secteur minier. Pour un investisseur, disposer de données géologiques fiables permet de mieux apprécier le risque avant d’engager des capitaux importants dans l’exploration.
Le programme prévoit par ailleurs un volet de transfert de compétences, avec la formation de géologues, chercheurs, techniciens et étudiants congolais. L’objectif est de renforcer progressivement l’expertise nationale et de réduire la dépendance à l’égard de l’expertise extérieure.
Le financement est assuré par le Fonds minier pour les générations futures (FOMIN), tandis que le SGN-C assure la coordination scientifique et technique du programme.
De la connaissance à la transformation locale
Le véritable enjeu commencera toutefois après la collecte des données. Identifier de nouveaux potentiels miniers ne suffira pas à transformer durablement l’économie congolaise. La question sera de savoir comment ces informations seront utilisées pour attirer des investissements responsables, développer les chaînes de valeur, renforcer la transformation locale et accroître les retombées économiques pour les populations.
Le PC2G-RDC ouvre ainsi une nouvelle séquence dans la politique minière congolaise : avant d’exploiter davantage, mieux connaître ; avant de négocier, mieux documenter ; avant de valoriser, mieux planifier.
Pour Kinshasa, la maîtrise de l’information géologique constitue donc un enjeu de souveraineté. Dans un pays dont le sous-sol demeure encore largement sous-exploré, mieux connaître les ressources constitue la première étape pour mieux contrôler leur valorisation et faire de la richesse minérale un véritable levier de développement économique.





























