La marche du 15 septembre continue de produire des conséquences politiques et judiciaires en République démocratique du Congo. Près de trois semaines après la manifestation organisée par la Coalition Article 64 (C64) contre tout changement de Constitution, les principales figures de l’opposition ont rendu public un rapport consacré aux violences et aux arrestations enregistrées à Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays.
Daté du 5 octobre 2026 et signé par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, le document entend établir le bilan de cette journée et documenter ce que la coalition qualifie de répression d’une mobilisation pacifique.
Un mort, des blessés et des arrestations selon la C64
Dans son rapport, la C64 fait état d’au moins un décès, de plusieurs dizaines de blessés et de plus d’une centaine d’arrestations à Kinshasa ainsi que dans une vingtaine de villes du pays. Parmi les localités citées figurent notamment Lubumbashi, Kolwezi, Kindu, Kisangani et Uvira.
Un autre bilan détaillé publié à partir du rapport fait état de 240 arrestations et 64 blessés, tout en précisant que les données demeurent provisoires et reposent sur les informations collectées par les différentes composantes de la coalition. Les catégories recensées pouvant se recouper, ces chiffres ne constituent pas, à eux seuls, un bilan national établi de manière indépendante.
Le décès de Manassé Lomboto Bomengola, présenté comme un cadre d’ADD Congo, occupe une place centrale dans le document. Selon la C64, il aurait été violemment frappé à Limete alors qu’il tentait de protéger son président, Prince Epenge, avant de succomber à ses blessures dans la soirée à l’Olympic Hospital.
La « Force du progrès » directement mise en cause
La C64 attribue une partie des violences à la « Force du progrès », structure qu’elle présente comme liée à l’UDPS, le parti présidentiel.
Selon les témoignages recueillis par la coalition, des membres de cette structure auraient participé aux violences contre les manifestants, notamment à Limete, avec l’appui présumé d’éléments de la police. Le rapport évoque l’utilisation d’armes blanches et d’autres objets lors des affrontements.
La coalition cite également, sur la base de témoignages qu’elle dit avoir recueillis, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya. Il s’agit toutefois d’accusations formulées dans le rapport de l’opposition et qui, à ce stade, doivent être confrontées aux déclarations des personnes mises en cause et aux conclusions d’une éventuelle enquête indépendante.
Le rapport revient également sur un incident impliquant Martin Fayulu. Selon la version présentée par la C64, le président de l’ECiDé aurait échappé de peu à une attaque à la machette durant la manifestation. L’un de ses gardes du corps aurait été blessé au cours de l’incident.
Ces accusations s’inscrivent dans le récit déjà présenté par plusieurs responsables de la coalition au lendemain de la marche. Delly Sesanga avait notamment accusé la police et la « Force du progrès » d’avoir tendu un « guet-apens » aux manifestants.
Une plainte devant la Haute Cour militaire
Au-delà du bilan politique, la C64 entend désormais donner une dimension judiciaire au dossier. La coalition affirme avoir déposé une plainte collective auprès de l’Auditeur général près la Haute Cour militaire.
Elle réclame l’ouverture d’une enquête indépendante destinée à établir les circonstances exactes des violences, à identifier les auteurs matériels et à déterminer d’éventuelles responsabilités dans la chaîne de commandement.
La coalition demande également la dissolution de la « Force du progrès » et des poursuites contre toute personne dont la responsabilité serait établie.
Le rapport de la C64 constitue une source importante sur la manière dont l’opposition entend documenter les événements du 15 septembre. Mais ses conclusions ne sauraient, à elles seules, établir les responsabilités pénales ou hiérarchiques évoquées.
Les autorités congolaises et la police ont présenté une lecture différente des événements. Au lendemain de la manifestation, la Police nationale congolaise avait notamment affirmé qu’aucune perte en vie humaine n’avait été enregistrée, tandis que Martin Fayulu contestait publiquement cette version concernant le décès de Manassé Lomboto.
C’est donc désormais sur le terrain judiciaire que pourrait se jouer la clarification des faits.
L’enjeu dépasse la seule marche du 15 septembre
Au-delà des violences dénoncées, le rapport intervient dans un contexte politique marqué par la confrontation entre la majorité présidentielle et une opposition désormais regroupée autour de la défense de l’ordre constitutionnel.
Pour la C64, la mobilisation du 15 septembre constituait un avertissement contre toute modification de la Constitution susceptible, selon elle, d’ouvrir la voie à une nouvelle candidature présidentielle. La coalition entend poursuivre son action dans le cadre de l’article 64 de la Constitution, tout en affirmant vouloir privilégier une mobilisation pacifique.
Avec la plainte annoncée et les accusations formulées contre la « Force du progrès », le dossier entre désormais dans une nouvelle phase. L’enjeu sera de déterminer, sur la base de preuves vérifiables et d’une procédure indépendante, ce qui s’est réellement passé le 15 septembre, qui en porte la responsabilité et quelles suites judiciaires doivent être données aux violences rapportées.





























