La qualification historique de la République démocratique du Congo pour la Coupe du monde 2026 se retrouve au cœur d’une polémique qui dépasse désormais le seul terrain sportif. Une enquête publiée ce mardi par Le Monde, en collaboration avec le New York Times, affirme que la FIFA aurait été informée de l’inéligibilité du gardien congolais Lionel Mpasi alors que celui-ci avait déjà participé à plusieurs rencontres des éliminatoires.
La question qui se pose désormais est lourde de conséquences : les Léopards auraient-ils dû être privés de leur parcours vers le Mondial ?
Un dossier découvert avant le barrage contre la Jamaïque
Selon les documents internes consultés par Le Monde, les juristes de la FIFA se seraient penchés sur la situation de Lionel Mpasi dès décembre 2025, avant d’approfondir leurs recherches les 9 et 10 mars 2026.
Le gardien, né en France et ancien international français dans les catégories de jeunes, notamment lors de la Coupe du monde U17 de 2011, avait entrepris en 2021 des démarches pour changer d’affiliation sportive afin de représenter la RDC.
Mais, selon les juristes de la FIFA cités par Le Monde, la procédure n’aurait jamais été finalisée. Mpasi aurait ainsi disputé plusieurs rencontres avec la sélection congolaise alors que son changement d’affiliation n’avait pas reçu l’autorisation nécessaire.
Le problème prenait une dimension particulière puisqu’il avait participé au parcours des Léopards, notamment au barrage africain remporté contre le Nigeria le 16 novembre 2025, avant le barrage intercontinental contre la Jamaïque.
Des sanctions qui auraient pu changer le scénario
L’enquête du Monde affirme que les juristes de la FIFA avaient identifié plusieurs options, dont l’ouverture d’une procédure disciplinaire contre le joueur et la Fédération congolaise de football (FECOFA).
Ils auraient également estimé que la situation pouvait avoir des conséquences sur l’ensemble de la compétition africaine. Dans leur analyse, l’utilisation d’un joueur inéligible lors de certains matchs pouvait notamment remettre en cause les résultats concernés et modifier le parcours de qualification.
Le Code disciplinaire de la FIFA prévoit, dans ce type de situation, des sanctions pouvant aller jusqu’à la perte du match par forfait et à une amende. Les juristes auraient même recommandé différentes mesures, selon le scénario retenu par les instances compétentes.
Une telle décision aurait potentiellement eu des conséquences majeures sur le parcours de la RDC vers le Mondial.
Malgré ces éléments, aucune sanction sportive n’a finalement été appliquée à la RDC avant son barrage intercontinental contre la Jamaïque.
La FIFA affirme, de son côté, qu’une plainte déposée par la Fédération nigériane de football avait été déclarée irrecevable pour des raisons procédurales et de délai. L’instance précise que la décision avait été notifiée à la partie concernée et qu’elle était devenue définitive en l’absence de recours valable.
La FIFA rejette également toute suggestion selon laquelle son président, Gianni Infantino, serait intervenu dans le traitement du dossier. Elle rappelle que ses organes juridictionnels sont autonomes et statuent sur la base des règlements et des faits qui leur sont soumis.
Une affaire qui dépasse Lionel Mpasi
La controverse ne porte donc pas uniquement sur le statut administratif d’un joueur. Elle interroge plus largement l’application uniforme des règlements de la FIFA et l’égalité de traitement entre les sélections nationales.
L’enquête rappelle notamment que la FIFA a déjà sanctionné des équipes pour avoir aligné des joueurs déclarés inéligibles. Elle cite notamment le cas de l’Afrique du Sud dans les qualifications du Mondial 2026, après l’utilisation de Teboho Mokoena contre le Lesotho.
C’est précisément cette apparente différence de traitement qui alimente aujourd’hui les interrogations.
La RDC au milieu d’une controverse institutionnelle
L’affaire intervient également dans un contexte sensible pour la gouvernance du football mondial. Le Monde établit un lien entre cette controverse et les relations entre Gianni Infantino et Véron Mosengo-Omba, ancien secrétaire général de la CAF et actuel président de la FECOFA.
Le quotidien évoque notamment leur proximité ancienne et les circonstances de l’élection de Mosengo-Omba à la tête de la Fédération congolaise. La FIFA rejette les accusations d’intervention ou de favoritisme rapportées dans l’enquête.
À ce stade, il convient donc de distinguer clairement les faits établis, les documents internes rapportés par les médias et les accusations de favoritisme, que la FIFA conteste.
Sur le plan sportif, les Léopards ont bien remporté leurs rencontres décisives et obtenu leur qualification pour la Coupe du monde. Mais les révélations publiées mardi introduisent une interrogation nouvelle sur la régularité du chemin qui les a conduits au tournoi.
La question de savoir si la RDC aurait dû être exclue ne peut donc être présentée comme une décision juridique déjà établie : elle dépend de l’interprétation des règlements, de la compétence des organes disciplinaires et des procédures effectivement engagées.
L’affaire pose néanmoins un problème de fond à la FIFA : si ses propres juristes avaient identifié une irrégularité susceptible d’affecter les qualifications, pourquoi aucune sanction sportive n’a-t-elle été appliquée ?
C’est désormais à l’instance dirigeante du football mondial de fournir les explications permettant de dissiper les interrogations autour d’un dossier qui touche directement à l’intégrité des qualifications pour la Coupe du monde 2026.





























