L’indépendance de la Banque centrale du Congo constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de la crédibilité de la politique monétaire. Mais cette indépendance n’a pas toujours été une réalité institutionnelle, selon l’ancien gouverneur de la BCC, Jean-Claude Masangu Mulongo.
Invité mardi 6 octobre à participer à un Space animé notamment par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’ancien responsable de la banque centrale a livré un témoignage rétrospectif sur les conditions dans lesquelles l’institution fonctionnait durant les années 1990 et 2000.
Jean-Claude Masangu reconnaît sans détour que, durant sa gouvernance sous Laurent-Désiré Kabila, la Banque centrale n’était pas indépendante du pouvoir politique.
Selon son témoignage, la présidence exerçait alors une influence directe sur les grandes orientations monétaires, notamment sur la détermination du taux de change. La BCC évoluait ainsi dans un environnement où les décisions de politique monétaire demeuraient étroitement liées aux choix du pouvoir exécutif.
Cette situation reflétait également les profondes fragilités économiques et institutionnelles de la RDC à cette période, marquée par les conséquences des conflits, l’instabilité monétaire et l’affaiblissement des mécanismes économiques de l’État.
Le souvenir d’une opération sur les devises de la Gécamines
L’ancien gouverneur a également évoqué une opération particulièrement marquante de cette période. Selon ses souvenirs, il aurait été conduit à utiliser près de 60 % du contenu du coffre-fort de la Banque centrale pour racheter des devises détenues par la Gécamines au taux parallèle.
Il explique que le taux appliqué sur le marché parallèle était alors environ 350 % supérieur au taux officiel, créant une situation monétaire difficilement soutenable.
Jean-Claude Masangu affirme que cette opération lui aurait « très mal » fait, tout en considérant rétrospectivement qu’elle a contribué à le convaincre de la nécessité d’abandonner le régime de change administré au profit d’un régime de change flottant.
Cette séquence illustre, selon son récit, les arbitrages auxquels les autorités monétaires étaient confrontées dans une économie caractérisée par de fortes distorsions entre les taux officiel et parallèle.
Une indépendance encore limitée sous Joseph Kabila
La situation aurait progressivement évolué sous Joseph Kabila, mais sans atteindre immédiatement une indépendance complète.
Jean-Claude Masangu décrit cette période comme une situation de « moitié-moitié ». D’après lui, la BCC disposait désormais d’une plus grande maîtrise de ses instruments de politique monétaire, mais restait encore confrontée à la nécessité de financer le gouvernement.
L’ancien gouverneur explique cette situation notamment par l’absence d’un véritable marché financier local permettant à l’État de disposer d’autres mécanismes de financement.
La question du financement monétaire des déficits publics constitue en effet un point essentiel dans l’évaluation de l’indépendance d’une banque centrale. Lorsque la banque centrale finance directement ou indirectement les besoins de l’État, sa capacité à conduire une politique monétaire autonome peut être fortement contrainte.
Une BCC désormais « complètement indépendante », selon Masangu
Jean-Claude Masangu estime que la situation aurait aujourd’hui profondément changé.
Selon lui, la Banque centrale du Congo est désormais « complètement indépendante » et ne finance plus l’État. Cette appréciation traduit, dans son analyse, l’évolution progressive du cadre institutionnel de la politique monétaire congolaise.
L’indépendance de la banque centrale ne se limite toutefois pas à la capacité de fixer les taux ou de gérer les réserves. Elle repose également sur son cadre légal, sa gouvernance, sa capacité à résister aux pressions politiques et la crédibilité de ses décisions auprès des marchés et des acteurs économiques.
Une évolution institutionnelle au cœur de la stabilité monétaire
Le témoignage de l’ancien gouverneur remet ainsi en perspective plusieurs décennies d’évolution de la politique monétaire congolaise : d’une banque centrale fortement exposée aux décisions du pouvoir politique à une institution appelée à disposer d’une autonomie accrue dans la conduite de la politique monétaire.
Au-delà des épisodes personnels relatés par Jean-Claude Masangu, son intervention pose une question fondamentale pour l’économie congolaise : comment préserver durablement l’indépendance de la Banque centrale tout en garantissant une coordination cohérente entre politique monétaire et politique budgétaire ?
Alors que la RDC cherche à consolider sa stabilité macroéconomique et la confiance dans sa monnaie, cette question demeure au cœur de la crédibilité de ses institutions économiques.





























