Kinshasa — Près de 3 000 violations et atteintes aux droits humains ont été documentées en République démocratique du Congo au cours des six premiers mois de 2026. Dans son analyse semestrielle publiée le 22 septembre, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) fait état de 2 996 violations et atteintes, ayant affecté 6 189 victimes sur l’ensemble du territoire national.
Le chiffre traduit une évolution contrastée. Le nombre de violations documentées recule de 10 % par rapport au second semestre 2025, mais reste supérieur de 8 % à celui enregistré au premier semestre 2025. Pour le BCNUDH, cette variation ne peut toutefois pas être interprétée mécaniquement comme une amélioration de la situation des droits humains.
L’ONU souligne en effet que les données dépendent notamment de la capacité à documenter et à rapporter les incidents. Une diminution du nombre de cas enregistrés peut donc également refléter des difficultés d’accès, de vérification ou de remontée de l’information dans certaines zones.
L’Est concentre l’essentiel des violations
Les provinces affectées par les conflits armés demeurent au cœur du bilan. Le BCNUDH y a documenté 2 607 violations, soit l’essentiel des cas recensés au niveau national, affectant 5 032 victimes.
Cette concentration géographique reflète la persistance des violences dans les zones de conflit, particulièrement au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri. L’évolution de la situation dans l’Est continue notamment d’être marquée par les affrontements, les déplacements de populations et les atteintes visant les civils.
Le contexte sécuritaire reste également marqué par l’activité de l’AFC/M23 et par l’évolution de son contrôle territorial dans certaines parties du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le BCNUDH relève notamment que les mouvements et replis de l’AFC/M23 dans certaines zones, dont Uvira et la plaine de la Ruzizi, n’ont pas automatiquement débouché sur une amélioration de la protection des populations civiles.
Autrement dit, la modification de la configuration militaire ne s’est pas nécessairement traduite par une diminution correspondante des risques auxquels sont exposées les populations.
Une violence qui ne se résume pas au front militaire
Le bilan du BCNUDH rappelle que la situation des droits humains ne se limite pas aux seuls affrontements entre forces armées et groupes armés.
Dans les zones affectées par le conflit, les violations documentées s’inscrivent dans un ensemble plus large de violences et d’atteintes aux droits fondamentaux. Les populations civiles restent exposées aux conséquences directes des combats, mais aussi aux actes commis dans les zones échappant au contrôle effectif des autorités.
Cette réalité explique l’importance accordée par les Nations unies au suivi des violations et à l’identification de leurs auteurs présumés. Le BCNUDH indique régulièrement transmettre ses analyses aux autorités afin de contribuer à la prévention des violations et aux poursuites judiciaires contre leurs auteurs présumés.
Le principal enseignement de cette note semestrielle réside peut-être dans le contraste entre les différentes périodes de comparaison.
–10 % par rapport au deuxième semestre 2025.
+8 % par rapport au premier semestre 2025.
Ces deux chiffres ne racontent pas exactement la même histoire. Le premier traduit une diminution du nombre de violations documentées sur une période de six mois à l’autre. Le second montre qu’à période comparable, le niveau enregistré en 2026 reste supérieur à celui de 2025.
Surtout, le BCNUDH appelle à ne pas transformer automatiquement cette évolution statistique en diagnostic d’amélioration. Les données disponibles sont conditionnées par la capacité des mécanismes de monitoring à accéder aux victimes, vérifier les informations et documenter les incidents.
Cette prudence méthodologique est particulièrement importante dans les territoires où les combats, les déplacements de populations et l’insécurité compliquent précisément la collecte des données.
L’Est reste le principal foyer de préoccupation
Le bilan du premier semestre 2026 confirme ainsi une constante des rapports onusiens : les provinces affectées par les conflits armés concentrent la majorité des violations documentées.
Les données mensuelles publiées par le BCNUDH au cours de l’année montrent d’ailleurs que la situation dans les zones de conflit est demeurée fortement affectée par les violences persistantes. En juin, l’ONU faisait encore état d’une dégradation générale de la situation des droits humains, notamment dans les provinces affectées par le conflit.
En mai, le BCNUDH avait également recensé 481 violations et atteintes, affectant au moins 1 188 victimes, avec une hausse par rapport au mois précédent liée notamment à l’intensification des attaques contre les civils par des groupes armés.
Le bilan semestriel s’inscrit donc dans une séquence où les violences ont continué de peser lourdement sur les populations de l’Est.
Au-delà des statistiques, les chiffres du BCNUDH posent une nouvelle fois la question de la capacité des acteurs nationaux et internationaux à assurer une protection effective des civils.
Avec 6 189 victimes documentées en six mois, l’ampleur des atteintes recensées montre que les efforts de sécurisation doivent être accompagnés de mécanismes de prévention, de justice et de protection des populations.
Le BCNUDH insiste précisément sur la nécessité de renforcer la prévention des violations et de lutter contre l’impunité, en partageant ses analyses avec les autorités compétentes.
Le rapport ne permet donc pas de conclure à une amélioration générale de la situation des droits humains en RDC. Il décrit plutôt une situation toujours fortement marquée par les conflits armés, particulièrement dans l’Est du pays, tout en rappelant les limites inhérentes à toute lecture statistique fondée sur les incidents effectivement documentés.
Près de 3 000 violations en six mois : derrière la baisse enregistrée sur le semestre précédent, le bilan du BCNUDH confirme surtout la persistance d’une crise de protection des civils dans les zones affectées par les conflits.





























