GENÈVE — La voix de la République démocratique du Congo s’est fait entendre, vendredi 2 octobre 2026, devant le Conseil des droits de l’homme. Au nom du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka et du peuple congolais, le ministre des Droits humains, S.E. Samuel Mbemba Kabuya, a livré une intervention à la fois offensive sur la situation sécuritaire dans l’Est et centrée sur les réponses institutionnelles que Kinshasa entend apporter aux violations des droits humains.
Face au Conseil, le ministre a d’abord salué l’attention accordée à la situation congolaise et le cadre de coopération instauré par la résolution 60/35, consacrée à l’assistance technique et au renforcement des capacités dans le domaine des droits humains en RDC.
Mais Samuel Mbemba Kabuya a rapidement placé la situation dans l’Est au cœur de son intervention.
Kigali, l’AFC/M23 et les violations dénoncées par Kinshasa
Le ministre a dénoncé ce qu’il présente comme des violations massives commises par le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC/M23. Dans son intervention, il a également cité Paul Kagame, président du Rwanda, ainsi que Joseph Kabila, ancien président de la RDC, et Corneille Nangaa, qu’il a présentés comme des supérieurs hiérarchiques des forces mises en cause.
Samuel Mbemba Kabuya a évoqué une succession de violations : « des viols, tortures, disparitions forcées, déplacements forcés de populations, exploitations d’enfants à des fins économiques et militaires », allant jusqu’à évoquer des massacres à grande échelle de communautés entières qu’il estime susceptibles d’être qualifiés de génocide.
Le ministre s’est également arrêté sur les événements de Minova, le 2 août 2026, jour de la commémoration du Genocost. Selon son intervention, 37 jeunes qui manifestaient pour réclamer le retrait des troupes rwandaises avaient alors été arrêtés, parmi lesquels 17 jeunes filles auraient été systématiquement violées.
S’appuyant notamment sur le rapport d’Amnesty International du 21 septembre 2026, Samuel Mbemba Kabuya a cité des « exécutions sommaires, des actes de torture et mauvais traitements, des détentions arbitraires, du travail forcé, des recrutements forcés, des pillages », ainsi que des allégations relatives au trafic d’or et de coltan dans les zones minières de Rubaya, au Nord-Kivu, et de Lemera, au Sud-Kivu.
Face à ces accusations, le ministre a formulé une demande directe à Kigali :
« La RDC condamne ces graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, et appelle le Rwanda à retirer ses troupes du territoire congolais, conformément aux résolutions de ce Conseil. »
Samuel Mbemba Kabuya défend aussi l’action du Gouvernement
L’intervention du ministre ne s’est toutefois pas limitée à dénoncer les violations attribuées aux forces rwandaises et à leurs alliés.
Samuel Mbemba Kabuya a également défendu l’action des autorités congolaises en matière de droits humains, affirmant que « le Gouvernement congolais n’a pas une politique de restriction des libertés publiques ou de violation des droits de l’homme ».
Le ministre a rappelé que les cas documentés font l’objet de sanctions et a cité les 560 condamnations mentionnées dans le rapport du Haut-Commissaire. Il a également indiqué que les dernières dénonciations de violations commises lors de manifestations politiques faisaient déjà l’objet d’une enquête judiciaire.
Cette partie de son intervention traduit la volonté du ministère des Droits humains de présenter la RDC non seulement comme un pays confronté à de graves violations dans le contexte du conflit, mais également comme un État engagé dans le renforcement de ses propres mécanismes de protection et de responsabilisation.
Justice transitionnelle : Kinshasa veut passer aux actes
C’est précisément sur ce terrain que Samuel Mbemba Kabuya entend donner une nouvelle dimension à l’action de son ministère.
Parmi les priorités présentées devant le Conseil figurent la lutte contre l’impunité, la mise en œuvre de la justice transitionnelle, la consolidation de la médecine légale et son intégration dans la politique criminelle, ainsi que la protection des droits humains dans le secteur extractif.
Le ministre a également évoqué la redynamisation des divisions provinciales des droits de l’homme et le renforcement des capacités des agents publics et des Forces de défense et de sécurité en droits humains et en droit international humanitaire.
Cette orientation intervient quelques jours après le lancement, à Kinshasa, du cadre de concertation sur la justice transitionnelle, organisé par le ministère des Droits humains avec le BCNUDH.
Samuel Mbemba Kabuya y avait appelé à passer « des orientations et des engagements » à une « dynamique opérationnelle structurée autour des priorités nationales ».
À Genève, cette même logique se poursuit : le ministre demande que l’assistance internationale soit davantage orientée vers les besoins concrets des institutions congolaises.
Médecine légale : construire une expertise congolaise
Le ministre a particulièrement insisté sur la médecine légale. Pour lui, l’assistance internationale doit notamment contribuer aux enquêtes médico-légales, à l’identification des victimes, aux exhumations, à la conservation des preuves et à la gestion des dépouilles.
Il a lancé un appel aux partenaires de la RDC pour accompagner « la formation d’une nouvelle génération de médecins légistes et de spécialistes congolais ».
Cette demande traduit une volonté de renforcer durablement les capacités nationales. Pour le ministère des Droits humains, établir la vérité sur les violations passe aussi par la capacité des institutions congolaises à documenter les crimes, identifier les victimes et préserver les éléments de preuve nécessaires à la justice.
De Kinshasa à Genève, une même ligne diplomatique
En demandant également au Haut-Commissaire de doter la Commission d’enquête indépendante déployée en RDC des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission, dont l’échéance est prévue en mars 2027, Samuel Mbemba Kabuya inscrit son intervention dans une démarche plus large de lutte contre l’impunité.
Son message aux partenaires internationaux est clair : la RDC demande davantage qu’une assistance déclarative. Elle souhaite des moyens financiers, humains, techniques et logistiques permettant de renforcer les institutions nationales et de traduire les engagements internationaux en résultats.
À Genève, le ministre des Droits humains a donc porté un double message : dénoncer les violations que Kinshasa attribue au Rwanda et à ses alliés dans l’Est, tout en exposant les chantiers sur lesquels le Gouvernement de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo entend renforcer la réponse congolaise en matière de droits humains.
De la justice transitionnelle à la médecine légale, de la lutte contre l’impunité au renforcement des capacités nationales, Samuel Mbemba Kabuya veut ainsi inscrire son ministère dans une logique de transformation des engagements en mécanismes concrets au service de la vérité, de la justice et des victimes.





























