Kinshasa — La République démocratique du Congo dispose de plus en plus de centres et de lits pour prendre en charge les malades d’Ebola, mais elle manque de bras pour les faire fonctionner. Face à l’expansion de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur une pénurie de personnel soignant, particulièrement préoccupante dans les zones où la transmission progresse rapidement.
Selon les derniers chiffres communiqués par l’OMS, l’épidémie liée au virus Ebola du Bundibugyo a désormais atteint sept provinces, avec 7 773 cas confirmés et 3 759 décès. Le Nord-Kivu concentre une partie croissante de la pression : le nombre de cas y a augmenté de 73 % en trois semaines, selon les données présentées par l’OMS.
Cette évolution intervient alors que la dynamique épidémique devient de plus en plus contrastée. En Ituri, épicentre historique de cette flambée, les indicateurs récents montrent un ralentissement, tandis que le Nord-Kivu et le Haut-Uélé continuent d’enregistrer une transmission importante. L’OMS souligne ainsi que les modes de transmission varient fortement selon les zones, compliquant la conduite d’une réponse uniforme.
Le personnel, nouveau point de tension
L’un des principaux défis se trouve désormais derrière les murs des centres de traitement. Selon Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC, un centre de traitement Ebola nécessite environ 300 professionnels de santé, parmi lesquels des anesthésistes, des hygiénistes, des infirmiers et des médecins généralistes.
L’enjeu n’est donc plus seulement de construire des structures, mais de disposer des équipes nécessaires pour assurer leur fonctionnement continu. L’OMS insiste également sur la nécessité de rémunérer ces personnels, alors que les besoins augmentent avec l’extension géographique de l’épidémie.
Cette pression sur les ressources humaines n’est pas nouvelle. Dès le mois d’août, l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) avaient demandé une augmentation urgente des capacités de traitement, de laboratoire, d’ambulance et d’inhumation sécurisée, tout en appelant à protéger, équiper et payer les travailleurs de première ligne.
La capacité d’accueil a pourtant fortement progressé. Au 1er septembre, l’OMS recensait 59 structures de prise en charge dans les provinces touchées, pour une capacité totale de 1 346 lits, contre un seul centre de neuf lits au début de la réponse. Plus de 4 000 professionnels de santé supplémentaires avaient également été déployés.
Une épidémie qui change de géographie
Le problème est que l’expansion des capacités doit suivre la géographie du virus. L’épidémie a commencé en Ituri avant de gagner progressivement le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, le Sud-Kivu, la Tshopo, le Bas-Uélé puis le Sud-Ubangi. Au 13 septembre, l’OMS recensait déjà 62 zones de santé dans sept provinces.
Dans ce contexte, chaque nouvelle zone affectée impose des besoins supplémentaires : surveillance, recherche des contacts, transport des patients, contrôle des infections, prise en charge clinique et inhumations sûres.
L’OMS avait également relevé que l’insécurité, les déplacements de population et les difficultés d’accès compliquent la surveillance et le suivi des contacts. Ces contraintes sont particulièrement importantes dans les zones touchées par les conflits armés et les déplacements massifs.
Le défi de la RDC est donc désormais double : ralentir la transmission tout en maintenant suffisamment de personnel qualifié sur le terrain. Dans une épidémie dont la dynamique varie rapidement d’une province à l’autre, l’ouverture d’un centre ne constitue qu’une première étape. Sa capacité réelle dépendra des équipes disponibles pour le faire fonctionner, jour et nuit.





























