L’est de la République Démocratique du Congo replonge dans l’effroi. À Uvira, dans la province du Sud-Kivu, la découverte de fosses communes contenant au moins 210 corps met en lumière l’ampleur des violences perpétrées lors de l’occupation de la ville par les rebelles de l’AFC/M23.
L’annonce a été faite le 2 avril par le gouverneur Jean-Jacques Purusi, lors d’un point de presse conjoint avec le ministre de la Communication, Patrick Muyaya. Une révélation qui intervient à peine quelques jours après le retour de l’administration provinciale à Uvira, à la suite du retrait des combattants.
Sur le terrain, les premières constatations sont accablantes. Trois fosses communes, localisées à Kavinvira, Kilomoni et Kimanga, ont livré à elles seules plus de 200 corps.
« Nous avons pris le temps de vérifier et de documenter ces sites dès notre arrivée. Ce que nous avons découvert dépasse l’entendement. Ce sont des scènes qui traduisent une violence systématique et organisée », a expliqué le gouverneur, visiblement marqué.
Mais ces découvertes ne seraient que la partie visible d’une tragédie bien plus vaste. Selon Human Rights Watch, plus de 61 fosses communes ont été identifiées dans la ville et ses environs. Les enquêteurs de l’organisation, présents à Uvira en mars, décrivent une occupation marquée par des exactions ciblées contre des civils, notamment des hommes et des jeunes garçons accusés d’appartenir aux milices locales dites « Wazalendo ».
Les témoignages recueillis font état d’exécutions sommaires, d’enlèvements et de disparitions forcées. Les forces du M23, appuyées selon plusieurs sources par des éléments rwandais, auraient mené des opérations de ratissage méthodiques après leur entrée dans la ville le 10 décembre 2025.
Pour Jean-Jacques Purusi, les éléments recueillis laissent craindre un schéma de violences étendu à d’autres zones encore difficiles d’accès.
« Les informations dont nous disposons indiquent que des localités comme Lemera, Sange, Bwegera ou Kamanyola pourraient révéler des réalités tout aussi dramatiques. Il ne s’agit pas de faits isolés, mais d’une dynamique qui semble structurée », a-t-il alerté.
Face à cette situation, le gouverneur hausse le ton. Il appelle la communauté internationale à accorder à la crise congolaise l’attention qu’elle mérite. « Nous demandons que les crimes commis ici soient traités avec le même sérieux, la même rigueur et la même mobilisation que ceux reconnus ailleurs dans la sous-région. Il y a une exigence d’équité dans la manière dont la communauté internationale regarde ces drames », a-t-il insisté.
En filigrane, ses propos laissent transparaître une réalité plus grave encore. Sans prononcer explicitement certains termes, il évoque une tragédie qui, selon lui, s’apparente à des crimes de masse dont la reconnaissance tarde à émerger sur la scène internationale.
Cet appel rejoint celui du président Félix Tshisekedi, qui milite depuis plusieurs mois pour la reconnaissance d’un « génocide des Congolais ». Une position renforcée par une résolution adoptée en octobre 2025 par le Parlement congolais, évoquant le concept de « GENOCOST » pour qualifier les violences répétées dans l’Est.
Après trois décennies de conflits, la région reste piégée dans un cycle de violence où les civils paient le prix le plus lourd. À Uvira, les fosses communes viennent rappeler une réalité brutale : derrière les chiffres, ce sont des vies brisées, et une tragédie qui peine encore à trouver un écho à la hauteur de son ampleur.




























