En République démocratique du Congo, l’idée d’une réforme constitutionnelle refait surface à l’approche des prochaines élections. Mais une question s’impose. Faut-il vraiment changer la loi fondamentale ? Ou simplement la respecter ?
C’est tout l’enjeu soulevé par Institut Ebuteli dans une récente publication. Le ton est direct. Le constat, lui, dérange. « Le problème ne vient pas du texte, mais de la manière dont il est appliqué », résument les auteurs.
Dans cette note intitulée « Vingt ans de constitution en RDC : comment la pratique du pouvoir a fragilisé l’équilibre institutionnel », l’institut propose une lecture critique du fonctionnement des institutions. Une lecture basée sur des faits. Et surtout, sur des chiffres.
Entre mars 2021 et décembre 2025, pas moins de 458 initiatives de contrôle parlementaire ont été déposées. Questions écrites. Interpellations. Enquêtes. Pourtant, seulement 22 ont été examinées. Un écart frappant.
« Le Parlement joue-t-il encore pleinement son rôle ? » interroge un analyste politique à Kinshasa.
Pour Institut Ebuteli, la réponse est claire. Le problème est avant tout politique. La majorité parlementaire coïncide largement avec le pouvoir exécutif. Résultat : l’Assemblée tend à soutenir plutôt qu’à contrôler.
Dans ce contexte, l’équilibre des pouvoirs s’effrite. Le président prend plus de place. Le gouvernement s’efface. Une dynamique qui, selon le rapport, installe progressivement une forme de présidentialisation du régime.
« Les institutions existent, mais leur fonctionnement est biaisé », explique un chercheur proche du dossier.
Autre point soulevé : la justice. Son indépendance, pourtant garantie par la Constitution, est régulièrement mise en question. Pressions politiques. Interférences. Manque de moyens. Autant de facteurs qui fragilisent son rôle.
La décentralisation, elle aussi, reste inachevée. Sur le papier, les provinces disposent de larges compétences. Dans la réalité, leur autonomie reste limitée. Les décisions clés continuent souvent d’être prises au niveau central.
Face à ces constats, une idée se dégage. Modifier la Constitution ne résoudra pas tout. « Avant de réformer, il faut appliquer », insiste le rapport.
Cette position tranche avec certains discours politiques qui plaident pour un changement du cadre institutionnel. Pour Ebuteli, le risque est ailleurs. Ouvrir le chantier constitutionnel pourrait détourner l’attention des vrais problèmes.
Dans les cercles politiques, le débat reste vif. Certains y voient une nécessité pour adapter les institutions aux réalités actuelles. D’autres redoutent une manœuvre politique à l’approche des élections.
Mais sur le terrain, les préoccupations sont plus concrètes. Gouvernance. Transparence. Efficacité des institutions. « Les citoyens attendent des résultats, pas des révisions de textes », confie un acteur de la société civile.
En filigrane, une question de crédibilité. Les institutions peuvent-elles fonctionner correctement sans respect strict des règles existantes ?
Pour Institut Ebuteli, la réponse ne laisse pas de place au doute. La priorité doit être claire : restaurer la discipline institutionnelle. Renforcer les mécanismes de contrôle. Garantir l’indépendance des pouvoirs.
Le message est limpide. La Constitution n’est pas en cause. C’est son application qui pose problème.
À deux ans des échéances électorales, le débat est lancé. Mais il dépasse largement la question juridique. Il touche au cœur du fonctionnement de l’État et à la confiance des citoyens envers leurs institutions.





























