Le rapport annuel du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), publié ce jeudi 12 mars 2026 à Kinshasa, dresse le portrait d’une nation meurtrie par une violence exponentielle. Avec 6 169 violations documentées en 2025 une hausse vertigineuse de 24 % en un an la République démocratique du Congo s’enfonce dans une crise de protection sans précédent. Au-delà des chiffres, c’est le cri de 18 000 victimes qui interpelle une conscience internationale souvent distraite, alors que l’Est du pays bascule dans une occupation qui ne dit plus son nom.
Le constat est sans appel : l’insécurité n’est plus une dérive, elle est systémique. La prise de centres urbains majeurs comme Goma et Bukavu par la coalition AFC/M23 et l’armée rwandaise a agi comme un accélérateur de chaos. En étant désignés responsables de 71 % des exactions, ces groupes armés ne mènent pas seulement une guerre de territoire, ils mènent une guerre contre les corps. La hausse de 59 % des violences sexuelles liées au conflit est l’indicateur le plus sombre de cette stratégie de terreur, où le viol est utilisé comme une arme de guerre pour briser le tissu social des provinces du Kivu.
L’autre versant de ce rapport, plus politique, concerne la responsabilité de l’État. Si les groupes armés sont les principaux bourreaux, les agents de l’État sont impliqués dans 28 % des violations. Ce chiffre interroge la capacité ou la volonté des institutions à protéger tout en respectant l’État de droit. Dans un contexte de guerre, la tentation de l’autoritarisme grandit, et le BCNUDH met en garde contre un rétrécissement alarmant de l’espace civique. Journalistes, opposants et activistes se retrouvent pris en étau entre la menace des rebelles et la pression des services de sécurité.
Cette dégradation sécuritaire soulève une question géopolitique brûlante : l’efficacité de la diplomatie internationale. Alors que les rapports de l’ONU désignent explicitement l’implication de l’armée rwandaise, les sanctions tardent à produire un effet dissuasif sur le terrain. L’impunité dont bénéficient les auteurs de ces crimes alimente un cycle de récidive. 2025 restera comme l’année où la documentation des horreurs a atteint un sommet, tandis que la réponse politique mondiale semblait atteindre ses limites.
Le rapport souligne également le tribut particulièrement lourd payé par les plus vulnérables : près de 3 000 femmes et plus de 1 300 enfants ont été directement ciblés. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques ; ils représentent l’hypothèque de l’avenir de toute une région. Un enfant victime de violation aujourd’hui est un citoyen dont la résilience sera mise à rude épreuve demain. La reconstruction ne sera pas seulement matérielle, elle devra être psychologique et judiciaire, un chantier qui semble titanesque au vu de l’ampleur des dégâts constatés.
Face à ce tableau, le débat sur la présence de la MONUSCO et des forces régionales doit être relancé. Si le retrait des forces onusiennes est réclamé par une partie de l’opinion, le vide sécuritaire actuel après la chute de Goma et Bukavu suggère que les solutions de remplacement peinent à stabiliser la région. La RDC se trouve à la croisée des chemins : soit elle parvient à réformer son appareil sécuritaire pour regagner la confiance de sa population, soit elle continue de déléguer sa survie à des rapports de documentation qui constatent les décès sans pouvoir les empêcher.
Le rapport du BCNUDH pour l’année 2025 est un réquisitoire contre l’indifférence. Il ne s’agit plus de savoir “si” les droits de l’homme sont violés en RDC, mais “combien de temps” encore le monde acceptera de comptabiliser les victimes sans imposer une paix réelle. Le défi pour 2026 est clair : transformer ces 6 169 violations en autant de dossiers judiciaires pour que la peur change enfin de camp.






























